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Lettre à François Blais, maître ès perlimpinpin

Lettre à François Blais, maître ès perlimpinpin
Photo Journal de Québec, Simon Clark

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Cher François,

On se connait, toi et moi. D'où ce tutoiement. À titre de doyen de la Faculté des sciences humaines de l'Université Laval, tu m'as décerné en 2011 la médaille Georges-Henri-Lévesque. Je te savais philosophe, François, mais pas magicien. Tu viens tout juste de faire sortir 80 millions de ce trou abyssal du déficit. Un vrai tour de magie inattendu alors que tu affirmais récemment que l'ajout d'argent en éducation serait mal venu en ce temps de vaches maigres. Et tu es doublement magicien: lorsque tu coupes, cela n'affecte en rien les services aux élèves, entend-on dire, mais lorsque tu ajoutes des sous, ô miracle, cela se traduit en plus de services aux élèves. Chapeau François, tu es fort en poudre de perlimpinpin.

Lors de ton tour de magie, tu ajoutais ceci: «En prévenant les difficultés scolaires dès le plus jeune âge... nous agissons là où ça compte».  Tu as parfaitement raison et tu serais bien avisé d'avoir une petite jasette avec le Président du Conseil du trésor et avec la ministre de la Famille, ces joyeux lurons qui font tout le contraire de ce que tu souhaites. Je ne sais pas si tu es au courant, mais tes collègues coupent et  s'emploient à détruire par tous les moyens possibles des services éducatifs qui font tout pour prévenir le décrochage scolaire: les Centres de la petite enfance.

Je sais, je me répète, mais c'est comme si toi et ton gouvernement n'entendez que lorsque l'on se répète ou que l'on crie à s'en fendre l'âme.

Ce réseau de 1500 garderies sans but lucratif est le meilleur que l'on puisse trouver à la ronde pour "prévenir les difficultés scolaires dès le plus jeune âge", comme tu dis. À partir de l'équipement d'éveil pour les tout-petits jusqu'aux éducatrices en passant par le programme d'apprentissage, tout y est  orienté vers le développement optimal des enfants. Tout. De plus, les CPE sont passés maîtres dans l'intervention auprès des jeunes enfants qui présentent des difficultés ou des handicaps.

On ne peut pas en dire autant, mon cher François, des garderies commerciales même si la ministre de la Famille affirme que tous les services de garde, c'est du pareil au même. C'est une fausseté. Ce qui est vrai, c'est que les CPE et les garderies commerciales sont tous deux des services de garde privés. Mais, les CPE sont des services de garde éducatifs privés sans but lucratifs. Comme les coopératives. Ils sont gérés par un Conseil d'administration composé en majorité de parents. Les autres garderies privées sont des garderies commerciales; elles ne sont pas gérées par les parents. J'emploie le mot "commerciales" parce que ces garderies exercent un commerce. À ce titre, elles recherchent un profit. Légitimement. La recherche du profit fait partie de l'ADN des garderies qui font commerce. C'est normal.

Ce qui n'est pas normal, c'est que ta collègue ministre de la Famille ne reconnaît pas les données de son propre ministère. Ces données montrent clairement que la recherche de profit dans les garderies qui font commerce entraîne un roulement annuel du personnel de 50% étant donné les conditions de travail qu'on y retrouve. Ce qui n'est pas normal, c'est d'ignorer que les services de garde les moins bien cotés sont en majorité composés de garderies qui font commerce. Ce qui n'est pas normal, c'est de balayer du revers de la main que le taux de plaintes dans les garderies qui font commerce est de 7 fois celui des CPE qui ne font pas commerce. Ce qui n'est pas normal, c'est de fermer les yeux sur le fait que les jeunes enfants de familles défavorisées qui fréquentent les garderies qui font commerce sont 2,5 plus à risque que ceux des CPE de présenter une vulnérabilité dans leur développement à leur arrivée en maternelle. Ce qui n'est pas normal, c'est de laisser croire que les garderies qui font commerce ne sont pas aidées financièrement, alors que le gouvernement y investit 450M$ par année en crédits d'impôts. Et ce qui est indécent de la part de ce gouvernement dont tu fais partie, c'est de tout faire pour détruire le réseau des CPE et de tout faire pour que les parents en viennent à confier leur enfant à des services de garde qui font commerce. Depuis 2005 que ce petit manège dure, de Carole Théberge à Francine Charbonneau en passant par Tony Tomassi.

François, ne pourrais-tu pas te lever au Conseil des ministres et dénoncer ceux qui parmi tes collègues sabotent tes efforts à prévenir le décrochage scolaire? François, toi qui es magicien, ne pourrais-tu pas les faire disparaître du Conseil des ministres avec ta poudre de perlimpinpin?

Respectueusement,

Camil