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Poussière de cailloux

Poussière de cailloux
Photo d'archives

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Pour la première fois de l’histoire, le gouvernement du Québec a dévoilé hier les montants de redevances perçues pour l’exploitation de chacune des mines sur le territoire. Saluons l’intention – l’un des rares gestes de «transparence» en plus d’un an et demi de gouvernement Couillard qui s’est pourtant fait élire en partie sur cet engagement. L’exercice est très partiel et repose sur une méthode de calcul alambiquée et obscure. Alors que les instituts statistiques officiels comptabilisent la production d’œufs quasiment à la douzaine près, qu’on ne soit pas en mesure de connaître avec précision et clarté est inadmissible.

Quoi qu’il en soit, le scandale est ailleurs. Le montant total des redevances encaissées par le trésor public s’élève à 120 millions de dollars. La valeur brute des minéraux extraits de notre sous-sol serait de 7,4 milliards de dollars. Le taux de redevance se situe donc autour de 1,6%. Or il y a quelques années, en 2009, le Vérificateur général du Québec, dans un rapport accablant pour le gouvernement, critiquait sévèrement ces taux très bas, largement inférieurs à la moyenne canadienne, qui se situe à 4,5%, soit trois fois moins.

Déjà qu’on savait que le Québec était le «cancre canadien» en la matière, comme l’écrivait le journaliste du Devoir Alexandre Shields, le gouvernement Couillard a le culot de faire une sotie médiatique en grande pompe pour s’en vanter. Faut le faire.

Mais il y a pire. Les minières elles-mêmes ajoutent l’insulte à l’injure. L’Association minière du Québec (AMQ) a affirmé que l’industrie «contribue de façon substantielle au trésor public québécois et donc, à la qualité des services publics».

Pardon?

Passons sur le fait qu’une association d’entreprises privées ose s’insérer dans un débat politique qui ne le regarde pas, mais il faut être culotté ou ne pas savoir compter pour prétendre que ces 120 M$ représente un apport substantiel au budget de l’État. De fait, sur les 96 milliards de $ de revenus du gouvernement au dernier exercice financier, cela représente un gros 0,12%. Si les revenus de l’État étaient de 50 000$, cela représenterait 62,49$ – l’équivalent du change de poche que l’État échappe dans les craques de son fauteuil tout au long de l’année.

Parce qu’elles ne sont pas renouvelables, les ressources minérales ne sont pas des richesses comme les autres. Elles devraient nous appartenir, collectivement – peu importe le mode de propriété, leur exploitation devrait bénéficier largement à tous les Québécois. En lieu et place, nous récoltons des grenailles, un peu de poussière des cailloux qu’on extrait de notre sous-sol.

La cerise sur le sundae est sortie de la bouche du ministre délégué aux mines, Luc Blanchette, qui a réitéré l’intention du gouvernement de ne pas modifier le cadre des redevances minières. Autrement dit, nous sommes les cancres du Canada, voire du monde, nous sommes fiers de l’annoncer et on ne changera surtout pas les choses.

Pendant ce temps, le gouvernement Couillard se dit fier d’investir 22 milliards $ de fonds publics dans son Plan Nord pour n’en récolter que quelques poussières de cailloux. On récolte 120 millions de redevances, mais on investit 22 milliards. Allez comprendre la logique économique de tout cela.

On se fout de notre gueule sur de grandes largeurs.