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Les adieux au hockey de «Capitaine courage»

Miné par les blessures, l’ex-joueur des Remparts, Kurt Etchegary, doit faire une croix sur le rêve d’une vie

L’ancien capitaine des Remparts affirme avoir vécu les plus belles années de sa vie au sein de l’équipe québécoise.
Photo courtoisie L’ancien capitaine des Remparts affirme avoir vécu les plus belles années de sa vie au sein de l’équipe québécoise.

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La nuit du 26 novembre, Kurt Etchegary n’a dormi qu’une demi-heure. La douleur à ses deux hanches ainsi qu’une vieille blessure au poignet l’empêchaient de trouver le sommeil. Mais ce n’était pas tout. Il savait que cette douleur ne pouvait plus durer, il savait qu’à 21 ans sa carrière de hockeyeur était terminée.

Depuis 2012, celui qui était surnommé «Capitaine Courage» chez les Remparts de Québec avait accumulé les blessures et les opérations. Après une intervention chirurgicale aux deux hanches en 2012, il avait été opéré, un an plus tard, au cœur, pour soigner une effusion péricardique. On lui avait alors retiré du liquide autour du cœur.

Si cette dernière intervention s’était bien déroulée, la première avait continué de le gêner.

«J’étais toujours un peu raide au niveau des hanches. J’étais très peu flexible», raconte-t-il. J’essayais de faire avec la douleur car je voulais que ma carrière de hockeyeur progresse. Je voulais que ça demeure le plus discret possible.»

Sa tolérance à la douleur lui aura donc permis de jouer jusqu’à 20 ans dans la LHJMQ et, en prime, d’être le capitaine des Remparts qui s’apprêtaient à recevoir le tournoi de la Coupe Memorial, la saison dernière.

Une saison où Etchegary s’est fait valoir particulièrement en séries éliminatoires. Mais ces longues séries, au terme desquelles les Remparts ont échappé la Coupe du Président face à l’Océanic de Rimouski, n’auront que contribué à détériorer la condition physique du joueur de Terre-Neuve.

Il subit lors de la finale de la Coupe du Président une luxation de l’épaule, blessure avec laquelle il décide tout de même de jouer. «On me gelait entre chaque période», raconte-t-il.

Puis, lors de son dernier match au niveau junior, un revers face aux Rockets de Kelowna au tournoi de la Coupe Memorial, il subit des dommages au ligament de son poignet gauche.

Etchegary refuse tout de même d’abdiquer.

Des milliers en traitement

«J’ai dépensé des milliers de dollars en traitement à Montéal l’été dernier en vue des camps professionnels qui arrivaient.»

Il tente donc sa chance au niveau professionnel. Il passe par Detroit, Grand Rapids, Toledo et la République tchèque avant d’aboutir avec les Admirals de Norfolk dans la Premier AA Hockey League (ECHL).

Son premier match professionnel en Amérique du Nord sera le dernier de sa carrière.

«Juste de sauter par-dessus le banc me faisait mal. Je sentais que je dépensais beaucoup plus d’énergie que les autres joueurs pour jouer à la vitesse et au niveau requis.»

Pire encore, il aggrave sa blessure au poignet lors de cette rencontre.

Ce soir-là, il retourne en voiture vers sa résidence de Virginia Beach. Un retour pénible, puisque ses hanches l’empêchent d’être assis confortablement et que son poignet le fait souffrir.

«Ç’a été difficile. Je savais que si je continuais, j’aurais des séquelles pour le reste de ma vie. Je ne dors jamais 8 h au complet en raison de mes hanches, raconte-t-il. Mais cette nuit-là fut la pire de toute ma vie.»

Son corps avait eu raison de lui.

Aucun regret

La décision fut difficile à avaler et difficile à annoncer à sa famille, qui avait fait beaucoup de sacrifices. Sa mère et sa sœur, alors que Kurt n’avait que 13 ans, avaient décidé de quitter le nid familial pendant deux ans pour s’installer à Montréal avec lui afin qu’il puisse continuer son développement de hockeyeur dans le meilleur contexte possible.

À 21 ans, Etchegary termine donc sa carrière de hockeyeur sans contrat professionnel et avec un corps décimé par les blessures. Il ne regrette rien, toutefois.

«Je ferais n’importe quoi pour réparer mes blessures et jouer de nouveau. J’ai toutefois pris la décision de vivre une vie en santé. J’espère avoir une famille un jour et pouvoir bouger; avoir des hanches en santé. J’ai tout tenté, mais en fin de compte, mon corps m’a dit que ce n’était plus possible.»

Un Rempart pour toujours

Avec du recul, Kurt Etchegary réalise qu’il a vécu les quatre plus belles années de sa carrière à Québec, avec les Remparts.

Il reconnaît d’ailleurs suivre encore tous les matchs, et prévoit même un séjour dans la Vieille Capitale au retour des Fêtes afin de renouer avec ses anciens coéquipiers et visiter, pour la première fois, le Centre Vidéotron.

Il en profitera également pour renouer avec Philippe Boucher, l’un des entraîneurs qui l’auront le plus marqué au cours de sa carrière, avoue-t-il.

«Nous avons développé une très belle relation, particulièrement à la fin de mon parcours. Nous sommes restés très proches. Il est l’un des entraîneurs dont je vais me souvenir le plus. C’est un excellent pédagogue et il connaît le hockey plus que la majorité des gens. Mais nous avions surtout une bonne relation en dehors de la patinoire. Nous communiquions beaucoup. Il a fait de moi un meilleur joueur, mais aussi une meilleure personne. Tout ce qu’il m’a dit, je l’ai gardé en tête et ça me servira pour le futur. C’était un bon entraîneur, mais une encore meilleure personne. Notre relation était spéciale.»

À la défense des siens

Le rôle de Kurt Etchegary n’était pas nécessairement de défendre ses coéquipiers sur la patinoire – il ne s’est battu qu’à 12 reprises au cours de sa carrière junior –, mais il l’a fait dans les médias, en étant la plupart du temps le porte-parole des joueurs en raison de son titre de capitaine.

Mais, maintenant que son parcours de hockeyeur est terminé, Etchegary s’est trouvé une nouvelle passion et il espère maintenant continuer de défendre les siens.

Après avoir quitté le nid familial à l’âge de 13 ans, Kurt Etchegary tient maintenant à passer du temps avec ses proches, maintenant qu’il est de retour chez lui. Ici, il est en compagnie de sa sœur Kailtlin, de son père Glenn et de sa mère Katrina. Son frère, Marcus, est le seul absent, lui qui œuvre aujourd’hui dans le monde des finances à Toronto.
PHOTO Jennifer Butler, AGENCE QMI
Après avoir quitté le nid familial à l’âge de 13 ans, Kurt Etchegary tient maintenant à passer du temps avec ses proches, maintenant qu’il est de retour chez lui. Ici, il est en compagnie de sa sœur Kailtlin, de son père Glenn et de sa mère Katrina. Son frère, Marcus, est le seul absent, lui qui œuvre aujourd’hui dans le monde des finances à Toronto.

«Ce ne sera jamais aussi intense que le hockey, mais j’ai une nouvelle passion. J’ai fait une demande pour devenir un policier dans la Royal Newfoundland Constabulary (RNC). C’est la police locale de Terre-Neuve. J’ai toujours été intéressé par deux choses, autres que le hockey: la police et l’armée. Mon oncle est dans la Marine royale canadienne et mon arrière-grand-père était dans l’armée de l’air et est décédé à la guerre. Mon oncle me parle souvent de ça. Ça m’intéresse beaucoup. Par contre, ma décision provient surtout du fait que j’ai été à l’extérieur de la maison depuis que j’ai treize ans. Ma famille a sacrifié tellement. Je veux maintenant être près d’eux. Ê’être un policier ici, chez moi, serait fantastique. De le faire dans mon endroit natal, ce serait un rêve. J’espère que ça fonctionnera. Pour moi, c’est la seule chose qui s’approche du hockey en termes d’intérêt.»

Et le hockey ?

Pour ce qui est du hockey, il compte prendre une pause.

«Au moins pour la prochaine année, je me tiendrai loin du hockey. J’aurai peut-être besoin d’une opération à mon poignet et peut-être à une hanche. Par contre, maintenant que je ne suis plus dans le hockey, ça prend un peu plus de temps pour être traité! Je dois attendre un peu plus avant d’avoir un rendez-vous. Je sens que c’est sérieux alors je vais attendre de voir ce que les spécialistes en pensent.

«Un jour, j’espère pouvoir rejouer au hockey pour le plaisir à Terre-Neuve. J’espère également être assez chanceux pour avoir un fils et pouvoir le diriger comme mon père l’a fait. Il m’a tout enseigné et j’espère pouvoir faire la même chose avec le mien.»