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Le projet de loi 86: enfin une bonne nouvelle en éducation

Le projet de loi 86: enfin une bonne nouvelle en éducation
Photo d'archives

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Il y a quelqu'un quelque part au ministère de l'Éducation qui a enfin compris quelque chose. Alors que Yves Bolduc se dirigeait tout azimut dans le mur constitutionnel avec la dissolution des commissions scolaires, voilà que François Blais dépose un projet de loi dans lequel il est désormais question de n'en modifier que les règles de gouvernance. Mais, cette modification est substantielle : elle vise à rapprocher l'école des lieux de décisions. C'est la première bonne nouvelle en éducation depuis longtemps. Depuis fort longtemps.

Le projet de loi 86 prévoit le remplacement des conseils de commissaires par des conseils scolaires. Cela demande une gymnastique organisationnelle pas tout à fait simple à appliquer d'où un projet de loi de 60 pages remplies de considérations techniques quant aux modalités de désignation des membres de ces conseils. Par exemple, pour respecter les droits constitutionnels de la minorité anglophone, le gouvernement laisse la possibilité d'élire les membres des conseils au suffrage universel. Le taux endémique de participation aux élections scolaires laisse penser que l'on n'usera pas de cette option très fréquemment du moins chez les francophones. Autrement, les membres des conseils scolaires sont désignés ou élus par leur organisation d’appartenance (ex: comité de parents).

La composition des conseils scolaires témoigne par ailleurs clairement de la volonté du gouvernement de donner une place importante aux parents, au personnel des écoles (enseignants et directeurs) et à la communauté locale.

Pour un gouvernement qui a constamment cherché depuis son arrivée au pouvoir à affaiblir la participation civique dans les organisations soutenues par l'État, cela représente un spectaculaire tête-à-queue dont on ne peut que se réjouir. C'est en effet le même gouvernement qui a dissout les CLD et qui dans la réforme de la santé s'est débarrassé de dizaines de conseils d'administration en éliminant une strate entière de la gouvernance la plus près de la population et de ses besoins.  Et c'est ce même gouvernement qui fait tout ce qu'il peut pour contrecarrer le développement des CPE dont les conseils d'administration sont majoritairement menés par les parents. Le ministre de l'Éducation est décidément dû pour prendre de toute urgence un café avec la ministre de la Famille.

Cette idée de parents ( 6 en tout) qui seraient désignés comme membres du conseil scolaire par le comité de parents de leur territoire est dans l'air depuis fort longtemps. Elle a survécu à de nombreuses années d'incubation, et vient couronner les efforts de celles et ceux qui depuis longtemps pensent que les premiers concernés par la qualité des environnements éducatifs des enfants et des jeunes devraient être les parents. Leur participation risque d'avoir le même effet que celle des parents dans les CPE alors qu'ils constitueront une vigie nécessaire à la construction et au maintien d'environnements bienveillants et stimulants pour leurs enfants et leurs jeunes. L'idée de les mettre directement en interaction avec les enseignants et les directeurs d'école sur un même conseil pourrait bien favoriser aussi un salutaire partage d'informations et de pouvoir et, rêvons, l'avènement d'une vision commune de l'éducation des enfants. Quant à la participation des membres de la communauté, elle prendra la forme de représentants municipaux, des arts et de la communication, des affaires et des saines habitudes de vie. Cela traduit clairement la volonté du gouvernement de resituer l'école comme un outil de développement de la communauté de vie des élèves (ce qui est prévu dans la loi depuis belle lurette) et, réciproquement, de repositionner la communauté comme un acteur responsable de leur réussite éducative.

La question des ressources et de leur répartition demeure cependant problématique. Elle fera sans doute l'objet d'intenses discussions en commission parlementaire. Le projet de loi prévoit la création d'un comité de répartition des ressources où siègeront, en majorité, les directeurs d'écoles du territoire concerné. On peut imaginer les tensions sinon les conflits que cela engendrera le moment venu de voter les budgets de chacune des écoles. Et puis, alors que le budget de l'Éducation est réduit à une peau de chagrin surtout après les coupures du dernier budget, la question se pose: la répartition de quelles ressources? C'est là où nous verrons si tout cet heureux chambardement en vaut vraiment la chandelle.