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Un pasteur baptiste arrêté pour avoir frappé cinq jeunes fidèles

pasteur tortionnaire
Simon Clark/Journal de Québec L'accusé Claude Guillot.

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Après plus d’une année d’enquête, la police de Québec a procédé à l’arrestation de Claude Guillot, ce pasteur baptiste soupçonné d’avoir battu, maltraité et séquestré durant des années cinq jeunes fidèles qu’il gardait captifs dans son sous-sol, a appris Le Journal.

Le pasteur de l’Église évangélique baptiste Québec-Est a été intercepté à son domicile de Shannon, au 89 rue Maple, vers 6h30, mercredi matin. L’individu de 65 ans fait notamment face à des chefs d'accusation de voies de fait causant des lésions, de voies de fait armés et de séquestration à l’endroit de cinq garçons âgés entre 4 et 15 ans au moment des sévices qui se seraient produits entre 1983 et 2014.

Le domicile de Claude Guillot lors du passage du Journal en octobre dernier.
Kathryne Lamontagne
Le domicile de Claude Guillot lors du passage du Journal en octobre dernier.

L’arrestation est survenue à la suite d’une enquête de l’unité des crimes graves, marquée en décembre 2014 par une perquisition survenue à l’ancien domicile du leader religieux, le 8870 rue du Point-du-Jour, à Neufchâtel. «Les résultats de cette perquisition et la poursuite de l’enquête ont mené à cette arrestation», explique la porte-parole de la police de Québec, Christine Lebrasseur.

Punitions

Les victimes alléguées de Claude Guillot sont de jeunes fidèles qui lui avaient été confiés par leurs parents, membres de son église baptiste. Sous sa garde, les enfants recevaient des «punitions» sous forme de gifles au visage, coups de poing au ventre, bousculades et exercices physique déraisonnables, peut-on lire dans deux jugements de la Chambre de la jeunesse, rendus en février et avril 2015. L’un des fidèles aurait notamment eu à effectuer 8000 redressements «up-and-down» en une journée.

Privés de nourriture, rationnés en eau, isolés de tout contact extérieur, ils vivaient dans le sous-sol du jumelé de la rue du Point-du-Jour, qui appartenait alors au pasteur. Ce dernier a notamment mentionné à l’un d’entre eux de ne pas parler de tout cela, sans quoi «Dieu» le «punirait».

Une victime témoigne

Un ancien fidèle de l’Église baptise de Québec-Est, Elliot (nom fictif), un jeune qui a été battu au début des années 2000 par ses parents, s’était confié au Journal. «Claude Guillot encourageait mes parents à me battre chaque fois que c'était nécessaire pour que je sois un bon Chrétien. Mon enfance a été détruite par lui et son Église», avait-il alors raconté.

Déjà à cette époque, des gamins de fidèles séjournaient chez le leader religieux, qui les élevait «comme un bourreau», disait Elliot. Il se rappelle notamment d’un jeune garçon, blême et frêle, confié au pasteur par ses parents pour en faire un «bon Chrétien».

«On le voyait les dimanches à l’Église. Il ne parlait à personne et avait l'air d'un zombie. Il avait des plaques, de la croute, du sang sur les mains. Il était maigre. Mais il se tenait comme un soldat et il avait à peu près six ans. Ça faisait peur», se souvenait Elliot, aujourd’hui âgé de 25 ans.

C'est ce message qui attendait notre journaliste lorsqu'elle s'est présentée au domicile de Claude Guillot, il y a quelques semaines.
Photo Kathryne Lamontagne
C'est ce message qui attendait notre journaliste lorsqu'elle s'est présentée au domicile de Claude Guillot, il y a quelques semaines.

 

Luxueuse maison

Le Journal avait aussi découvert que l’accusé – dont l’église a déclaré n’avoir versé que 17 000 $ pour un salaire, en 2014 – avait acquis il y a un an une luxueuse résidence de Shannon pour 385 000 $. Il l’habitait avec sa femme, leurs trois filles et quelques fidèles en plus d’y tenir les cérémonies religieuses. En juillet, il a vendu, à perte, son jumelé de Neufchâtel à son bras droit dans l’Église.

Dans le jugement rendu en février 2015 par la Chambre de la jeunesse, il avait été permis d’apprendre qu’un des jeunes qui avait résidé chez le pasteur y est demeuré, à l’âge adulte. Employé au Ministère de la santé et des services sociaux, il versait alors une partie de son salaire au leader, peut-on lire.

Victimes recherchées

L’enquête découle d’une entente multisectorielle, dans laquelle la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) est impliquée. Les enquêteurs ont des raisons de soupçonner que d’autres petits auraient pu subir les foudres du leader religieux. Toute information peut être transmise aux autorités en composant le 911 ou le 418-641-AGIR (2447).