/news/provincial
Navigation

Il perce (enfin) le mystère Québec

La frustration de passer après Montréal et la réalité «de ville de province» en cause, selon un géographe

Pourquoi vote-t-elle à droite? Pourquoi un nouvel amphithéâtre? Pourquoi la radio parlée? Le doctorant Rémi Guertin, que l’on voit ici en haute-ville, a écrit un livre pour répondre à ces questions à propos de Québec.
photo jean-françois desgagnés Pourquoi vote-t-elle à droite? Pourquoi un nouvel amphithéâtre? Pourquoi la radio parlée? Le doctorant Rémi Guertin, que l’on voit ici en haute-ville, a écrit un livre pour répondre à ces questions à propos de Québec.

Coup d'oeil sur cet article

Sa frustration de toujours passer après Montréal et sa réalité «de ville de province» malgré son «statut de capitale» expliqueraient le mystère Québec, selon un expert en géographie régionale.

Parce que Québec a perdu de son prestige au profit de Montréal au cours du siècle, la ville cherche continuellement sa place sur le continent, dit l’expert Rémi Guertin, expliquant son penchant conservateur et son goût pour les radios parlées.

Le géographe a écrit une thèse de doctorat sur la structure de la ville de Québec. Dernièrement, il a décidé de synthétiser l’étude dans un livre, dans lequel il consacre un chapitre complet sur le mystère Québec.

Il rappelle que Québec est la ville canadienne la plus marquée par la consommation abusive d’alcool et qu’elle est la capitale du magasinage. Aussi, elle générerait plus d’exclus que d’autres villes et elle offrirait moins de perspectives d’avenir.

«En dehors de sa qualité de vie, Québec aurait-elle peu à offrir?» s’interroge l’auteur.

D’ailleurs, c’est cette amertume qui causerait des mouvements comme les radios parlées et des concepts comme «J’ai ma place». Ces phénomènes donneraient ainsi une voix et une place aux exclus, donnant d’une certaine manière «une forme d’existence géopolitique».

Pourquoi?

Avant de se transformer au XIXe siècle, Québec était un joyau pour l’Amérique, raconte le géographe.

«À une époque, Québec était une ville majeure du continent. Elle était la troisième ville en importance après New York et Boston. Et, du jour au lendemain, la ville a basculé à la marge du continent. Québec ne devient rien du tout. Même les navires ne s’y arrêtaient plus, à un certain moment. Aujourd’hui, c’est une ville de province avec un statut de capitale, croit M. Guertin. Il y a un peu comme une sorte de déception.»

Durant toutes ces années, Québec a perdu de son lustre et il y a eu des départs massifs dans la population, principalement «ses forces vives» comme les marchands et les investisseurs, indique l’expert.

Il soutient même que Québec serait devenue une ville comme Trois-Rivières sans son héritage de «vieille capitale» qui continue de stimuler le tourisme.

Une ville «refoulée»

Puis, alors que Québec sombrait au 20e siècle, «Montréal devenait une métropole et rayonnait de tous ses feux grâce à sa position de convergence». Québec, elle, est tranquillement devenue une ville «refoulée à la marge du continent, socialement et économiquement plus homogène», mentionne le chercheur dans son recueil. «Québec est aujourd’hui une ville largement dominée par les secteurs publics et parapublics.»

À son avis, «nous pouvons souligner que 85 % des emplois se trouvent dans le commerce (de détail), les soins de santé ou l’administration publique (...).

Québec serait, à certains égards, une ville mono-industrielle», ce qui aurait une incidence sur la personnalité profonde de la ville.

Québec décodée par Rémi Guertin

«C’est une façon d’expliquer pourquoi Québec veut tant une équipe de hockey, c’est une façon de dire, nous aussi on participe.»

«Des radios parlées, il y en a partout en Amérique. Mais ici, il y a quelque chose qui nous interpelle. On a l’intuition qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et la radio vient allumer une lumière.»

«Québec, par la nature de son positionnement, fait que chaque fois que nous avons un projet, son impact n’est pas aussi fort qu’on l’espère. Sa position géographique a ten­dance à étouffer nos projets.»

Dans son livre

«Québec est assise dans la section orange et elle regarde la partie par le truchement de l’écran géant. Pire, il y a Montréal qui s’interpose entre elle et le reste de l’Amérique.»

«Cette ville, plutôt conservatrice, issue des régions, s’achèterait les signes d’une urbanité (un nouvel amphithéâtre, le Phare, un aéroport neuf, un centre des congrès) dans un effort pour oublier sa situation et pour se prouver qu’elle n’est pas une ville de fonctionnaires.»

«Liberté, je crie ton nom partout! (slogan d’une campagne de CHOI Radio X). Crier, c’est peut-être tout ce qu’il reste à faire quand toutes les places sont prises et qu’il n’y a nulle part où aller.»