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Trump, le candidat poubelle

2. Donald Trump
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Trump est un candidat qui répugne: il nous ramène brutalement à ces leaders dangereux qui exploitent la peur et les frustrations d'une partie de la population qui, cherchant une solution instantanée ou miraculeuse à ses malheurs, le suit aveuglément. C'est le candidat poubelle.

Trump a toujours une solution simple prête-à-porter devant les problèmes qui se posent. Devant l'insécurité, il propose d'interdire l'immigration à tous les musulmans, devant le chômage, il retournerait tout bonnement chez eux ces mexicains qu'il qualifie de violeurs et de voleurs, devant la critique ou l'analyse, il use de moquerie envers un journaliste handicapé trop insistant. Il n'a peur de rien et parle directement et sans filtre aucun à cette partie importante de la population blanche majoritaire qui a peur de la pauvreté, de la misère et de la criminalité mais qui appuie sans limite le lobby des armes à feu.

Un billet publié ce matin dans La Presse sous la plume de Richard Hétu fait référence à une étude qui démontre que les supporters de Trump font partie d'une cohorte sous scolarisée, à faibles revenus et dont la moitié a entre 45 et 65 ans. C'est cette même cohorte américaine dont le taux de mortalité augmente le plus rapidement aux USA résultat de l'alcoolisme, de la toxicomanie et du suicide.

Trump ne serait pas le premier candidat imbu de lui-même dont la stratégie pour arriver au pouvoir est d'exploiter l'analphabétisme politique et les frustrations de cette partie de l'électorat. Les Grecs l'ont échappé belle dernièrement; la gauche radicale, puis ensuite conciliante, de Tsipras a littéralement et heureusement barré le chemin à la droite extrémiste qui autrement avait la partie belle pour exploiter la peur et les frustrations d'une population désemparée devant les politiques monétaires de l'Europe et du FMI. Tsipras est le dernier rempart devant la droite extrême en Grèce. En France, la montée fulgurante du Front national qui exhale une haleine rance de racisme et de repli nationaliste exacerbé fait craindre le pire. Certes, le FN s'est fait barré la route au second tour des régionales grâce à une astuce stratégique de dernière heure des partis de la gauche et de la droite modérée; mais cela ne réussit pas à gommer une augmentation constante de l'appui électoral au FN durant les dernières années. Cet appui grandit à la faveur d'une peur qui s'étend à partir des exclus à celles et ceux qui craignent de le devenir. Et, à une époque d'insécurité économique comme celle que nous traversons, cela fait pas mal de monde.

La politique poubelle table sur le malheur de cette partie des membres la majorité qui se sentent, souvent à raison, injustement traités. Elle repose aussi et de plus en plus sur le malheur appréhendé des autres qui sentent que leur style de vie privilégiée leur échappe. Elle s'alimente de cette amertume sourde de celles et de ceux qui ne trouvent pas leur compte dans la majorité dont ils font partie, du moins théoriquement, et qui se sentent ignorés par les politiciens incapables de régler les problèmes de systèmes qui favorisent l'accumulation de richesses par les uns et l'appauvrissement des autres. Les inégalités économiques et sociales constituent la denrée essentielle aux discours cyniques et haineux des leaders revanchards qui ont beau jeu de proposer des politiques de rapetissement de l'État accusé d'incompétence.  Peu importe si ces leaders, loin de solutionner le problème, proposent des politiques qui accentuent la capacité des uns à s'accaparer toutes les richesses (Trump en est lui-même un exemple frappant), il leur suffit de parler dru et populiste et de refléter le ras-le-bol d'un électorat qui se sent soudainement en position de force par procuration. Trump, par exemple, répète à satiété que les USA sont menés par des losers et que lui, le sans peur et sans reproche, ferait de tous des winners. La tromperie est énorme mais fonctionne à plein.

La droite porte à voix haute et avec une compétence extrême le discours de l'indignation aussi bien parmi les leaders politiques que sur les ondes de la radio et du web. La gauche, sauf de rares exceptions comme Bernie Sanders, ne s'indigne plus: elle ne sait plus comment s'adresser à des cohortes de citoyens frustrés qui ne veulent plus rien entendre d'autre que la voix d'une revanche contre l'establishment politique, une revanche qui se fera pourtant à ses dépends. Si à la fin de ce parcours des primaires américaines Trump se retrouvait dans le siège du candidat présidentiel, la contrepartie ne pourrait venir que d'une autre voix indignée comme celle de Bernie Sanders dénonçant les mêmes inégalités, mais s'attaquant non pas à des boucs émissaires comme les immigrants, mais à ceux dont l'avidité financière plombe la démocratie à partir de Wall Street.