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C’est Noël, consommons (ou pas)!

boule de décoration de noël
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À l’approche de Noël, on distribue les statistiques et les reproches. Les regroupements de commerçants nous l’annoncent chaque année: voici venu le temps où ils réaliseront une grande partie de leurs ventes. Dans le cas de nombre d’entre eux, le temps des fêtes génère plus de la moitié de leur chiffre d’affaires annuel. C’est donc dire l’importance que les cadeaux de Noël et du Nouvel An représentent pour eux.

Le sondage annuel du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) nous apprenait il y a quelques semaines que les Québécoi-se-s qui effectueront des achats pour les Fêtes dépenseront en moyenne 654$, dont 60% (386$) en cadeaux – le reste étant consacré aux repas, alcool, etc. Au total, cela représente la coquette somme de 2,33 milliards de $ dépensée pour l’occasion. C’est environ 1% des dépenses totales de tous les ménages québécois, toutes catégories confondues. C’est donc énorme.

On nous bassine donc de ces statistiques étourdissantes, comme à tous les mois de décembre. De la même manière, on a assisté au spectacle désolant de la ruée vers les spéciaux du «black friday» et le lendemain de Noël ne manquera pas de nous offrir les mêmes scènes pour le «boxing day».

Apparaîtront également, aussi invariablement que l’arrivée de la musique de Noël dans les centres d’achat, les discours moralisateurs condamnant cette orgie de consommation et la saloperie de «matérialisme» dans l’engrenage infernal duquel nous serions tous coincés. À l’unisson, on entendra tant les écologistes, les défenseurs des droits humains que la droite conservatrice ou les chrétiens dévots condamner péremptoirement le détournement du sens profond et originel de la fête de Noël.

Or, cela m’énerve profondément.

Bien évidemment, nul n’est contre la vertu. Il est tout à fait légitime, voire souhaitable, que nous profitions de cette période d’achats importants pour réfléchir à l’impact de notre consommation sur les écosystèmes ou les conditions de travail déplorable dans plusieurs parties du monde. De se sensibiliser au rôle essentiel de la consommation pour le fonctionnement du système économique ou sur les risques du crédit facile. Voire même de condamner le système économique dans son ensemble.

De la même manière, nous pouvons tout aussi légitimement choisir de ne pas dépenser des sommes considérables en cadeaux de toutes sortes, même si nous en avons les moyens – peu importe nos motivations.

En revanche, condamner du haut de sa supériorité morale ces comportements est condescendant, paternaliste et franchement aveugle à la réalité quotidienne d’un grand nombre de familles. Arrivées à la fin de l’année, épuisées par les contraintes professionnelles et familiales, qui sommes-nous pour dicter ce qui devrait être leurs décisions répondant à des normes morales? Quand depuis des mois des conjoints n’ont pas été en mesure de passer du temps de qualité ensemble, comme on dit, ou qui n’ont pu accorder l’attention qu’ils souhaiteraient à leurs enfants, à leurs parents, quand des amitiés se sont étiolées à force de course folle à la performance ou à tout simplement en arriver à boucler les fins de mois, quelle pédanterie morale justifierait de porter jugement sur leurs envies de festoyer – et, de plus, de la manière de le faire?

D’autant que ces dernières décennies, nous avons été de plus en plus conscientisés à toutes ces questions (surconsommation, endettement, impact environnemental et sur les droits humains). Il y a encore du chemin à faire, bien évidemment, mais nous avons graduellement pris conscience de l’importance d’acheter, dans la mesure du possible, des produits locaux, de qualité et respectueux de notre planète et des humains qui l’habitent.

Pouvons-nous laisser tout un chacun décider librement de vivre Noël comme bon il leur semble, plutôt que de les culpabiliser?

La fête de Noël est presque totalement sécularisée dans notre société. Cela n’empêche pas qu’elle ne porte un sens profond – celui du partage, de l’échange et de la communauté. Nous avons la chance de vivre une époque où nous pouvons nous bricoler le sens que nous désirons aux événements, de réinventer à notre guise les rituels, de transformer ceux que nous avons hérités en en intégrant de nouveaux. Faire plaisir à celles et ceux que nous aimons ou perpétuer à notre manière des traditions familiales et culturelles me semble plus que légitime. Noël, peu importe, la manière qu’on le célèbre (ou pas) est aussi l’occasion dans notre société de participer à notre vie en commun. Offrir un bel objet ou un bricolage, un livre ou un pot de confitures montre que chacun et chacune d’entre nous sommes étroitement liés par les liens de la vie en société.

La manière que je fêterai Noël ne vous regarde pas, je n’aurai donc pas la prétention de vous dire quoi faire. Consommez, ou pas, offrez des cadeaux, ou pas, festoyez, ou pas. Ça n’est pas de mes oignons pas plus que de ceux de quiconque.

Je vous souhaite sincèrement, néanmoins, si vous en avez les moyens et la liberté, un moment de repos et de paix. Si cela n’est pas à portée de main, parce que vous êtes accablés par la douleur, le deuil, la solitude ou quelque souffrance que ce soit ou tout simplement par la nécessité de travailler, je vous souhaite la paix du cœur et l’espérance d’un monde qui soit solidaire de votre condition.