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Le nouveau visage de la pauvreté

Des personnes qui occupent un emploi sont de plus en plus défavorisées

Dans leur magasin de jouets de Carleton-sur-Mer, les sœurs Judith et Sonia Leblanc proposent à leurs clients d’offrir un jouet à un enfant défavorisé.
Photos Pénélope Garon, collaboration spéciale Dans leur magasin de jouets de Carleton-sur-Mer, les sœurs Judith et Sonia Leblanc proposent à leurs clients d’offrir un jouet à un enfant défavorisé.

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La pauvreté change de visage: elle ne touche plus seulement des gens sans emploi, mais aussi des travailleurs au salaire minimum. Toutefois, les mentalités n’évoluent pas: les personnes dans le besoin sont toujours victimes de préjugés.

En entrant dans le magasin de jouets des sœurs Leblanc à Carleton-sur-Mer, une guirlande de Noël accrochée à la vitrine avant attire l’attention. «C’est pour les enfants pauvres», dit Judith, l’une des deux propriétaires.

La guirlande est faite de petites boîtes cadeaux dans lesquelles se trouvent un papier avec l’âge et le village où habite un enfant défavorisé. Les clients peuvent choisir l’une d’elles et ensuite acheter un cadeau personnalisé pour l’enfant désigné. «Je suis un garçon de 18 mois de Maria», pouvait-on lire sur le petit bout de papier.

La propriétaire nous guide vers un jouet approprié en précisant qu’il vaut mieux privilégier la qualité: «Il faut qu’il soit solide, faut pas qu’il se brise, ça risque d’être son seul cadeau.» Petit milieu aidant, Judith Leblanc sait de quel enfant il s’agit.

Ces jeunes âgés de quelques jours à 11 ans ont été identifiés par une intervenante qui connaît bien les familles dans le besoin de la Baie-des-Chaleurs.

Nouvelle réalité

Au Centre d’action bénévole, à Maria, Julie Landry reçoit des parents qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Elle fournit entres autres des couches et des aliments pour bébés.

De plus en plus, dit-elle, ceux qui se pointent dans son bureau sont des salariés. C’est le nouveau visage de la pauvreté, sa nouvelle réalité: «Souvent, les deux parents travaillent, des emplois au salaire minimum, et malgré tout, ils n’arrivent pas!» Elle donne l’exemple de ce couple venu la voir la semaine dernière, gêné de demander des couches et du lait pour leur poupon. «Le 35 dollars qu’ils vont économiser en couches et en lait, c’est ce qu’ils vont pouvoir mettre sur l’épicerie», raconte Mme Landry. Elle s’attriste de voir qu’en 2015, la guignolée est encore nécessaire. «C’est incroyable qu’on soit encore obligé de ramasser du cannage!»

Elle croit qu’il faut aller à la source du problème, pas uniquement panser les plaies. Selon elle, la solution réside en une hausse du salaire minimum. «Si tu es plus pauvre en travaillant au salaire minimum qu’en étant sur l’assurance-emploi, parce que tu as plus de dépenses liées à l’emploi, il est où l’incitatif à travailler?»