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[VIDÉO] 10 questions au caricaturiste Ygreck

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Le caricaturiste Yannick Lemay, mieux connu sous le nom d’Ygreck, nous accueille chez lui, le temps d’une entrevue pour démystifier son métier et faire le bilan de l'actualité 2015.

#1 Comment en es-tu venu à faire des caricatures?

C’est venu du plaisir de dessiner depuis tout le temps. Ça fait plus de 19 ans que je dessine pour Le Journal. J’ai commencé en 1997 à dessiner de façon plus sérieuse. Je travaillais dans les bars avant et quand j’ai eu mon fils, il fallait que je fasse autre chose, alors je me suis mis à dessiner au palais de justice. Tranquillement, j’ai développé la caricature.

Je me suis toujours intéressé à la politique, alors il y a un petit côté chroniqueur là-dedans qui est important. Comme ça m’a toujours intéressé, ça s’est développé tranquillement. Mais c’est un métier qui est long. Ça ne s’apprend pas vraiment à l’école, le métier de caricaturiste.

Comme il n’y a pas beaucoup de postes et d’endroits où gagner sa vie avec la caricature, évidemment, il y a peu de gens qui le font.

#2 Qu’est-ce qui t’a amené au Journal?

Je dessinais déjà pour le Journal de Québec au palais de justice pour les criminels. À l’époque je faisais que ça à temps plein. Je travaillais pour TVA et plein d’autres médias. Comme il y avait quelqu’un qui s’en allait à la retraite à ce moment-là, j’ai commencé à en parler et à en faire tranquillement. Au début, ce n’était pas une caricature chaque jour. C’était une page au complet qu’on publiait le samedi et qui était une rétrospective de la semaine, à l’intérieur de laquelle il y avait quelques caricatures.

Agence QMI

Maintenant, c'est plus qu’une par jour. Je pousse beaucoup de choses sur les médias sociaux. Je mets souvent des petits croquis vite faits sur Facebook et Twitter. Souvent ce que je peux faire le matin, je peux le changer dans l’après-midi. Je fais beaucoup beaucoup de croquis avant d’en arriver à un dessin produit. Je fais aussi beaucoup d’illustrations pour moi. Je dessine beaucoup.

#3 Comment ça se passe une journée typique dans la peau d’Ygreck?

Je suis très matinal. Je commence très tôt. Je me réveille à 5 h 00 et normalement à 5 h 30 je suis dans mon bureau et je consomme beaucoup d’informations en me levant. J’ai toujours un papier et un crayon devant moi. Je lis les journaux, format numérique bien sûr, parce que je base beaucoup mon information sur Montréal puisque je suis maintenant publié dans les deux journaux.

Disons que maintenant, de façon un peu plus récente, il faut que je pense que je m’adresse à l’ensemble du Québec. Je lis donc aussi les journaux de Montréal. J’ai des télévisions ouvertes qui sont toujours en direct, j’ai toujours Twitter et Facebook qui m’informent et j’ai la radio aussi en même temps. Alors pendant deux ou trois heures le matin, je ne fais qu’absorber de l’information et je fais des croquis en même temps.

Quand il me vient une idée, je fais des petits sketches. J’en fais à peu près une vingtaine par jour. Après ça, je décante un peu l’information et, un peu plus tard dans l’avant-midi, je vois ce qui va s’enligner comme étant le sujet majeur, à mon avis. Je parle souvent avec des directeurs de l’information, des chefs du pupitre, et après je pars en production, ce qui fait qu’en début d’après-midi, normalement, mes choses sont en ligne pour Le Journal du lendemain. Disons que la production comme telle du dessin final, c’est un dessin qui me prend à peu près deux heures ou trois heures.

#4 Quels sont tes critères pour déterminer quelle nouvelle tu vas choisir pour ta caricature?

D’abord, c’est la façon dont elle est rapportée dans les médias. Si je vois qu’elle prend de l’ampleur, et avec mon instinct aussi, je vois ce qui s’en vient dans la journée. Alors s’il y a eu une nouvelle le matin, je sais très bien que les politiciens vont se faire relancer là-dessus dans le courant de la journée et vont devoir donner leur opinion alors ça va s’étirer sur une plus longue période.

Ygreck

J’aime aussi faire du culturel, quand il se passe des choses avec des artistes, des banalités de la vie aussi, le quotidien des gens, des nouvelles qui touchent la consommation, des trucs qui s’adressent aux familles, ce sont des sujets que j’aime bien traiter.

Ygreck

Mon angle à moi est plus «Québec», avec une opinion qui est à contre-courant parfois de ce qui est mainstream à mon avis. Mes critères aussi c’est de ne jamais choquer personne. Je ne cherche pas à blesser personnellement des gens, des groupes ou des individus en particulier. Il faut être un peu mordant parfois et forcément, ça finit qu’on dérange. Le but n’est pas de plaire à tout le monde. Quand tu plais à tout le monde, tu n’as pas bien fait ta job.

#5 Est-ce que ça arrive parfois qu’on t’appelle parce qu'on n'est pas content d’une de tes candidatures?

Au téléphone c’est plutôt rare, par contre sur les réseaux sociaux c’est épouvantable! Chaque jour, peu importe ce que je fais, je vais choquer quelqu’un, alors sur les réseaux sociaux c’est très violent parfois malheureusement. Je n’y accorde plus vraiment d’importance.

Ygreck

Je pense que c’est correct ce que je fais. Si jamais, et ce n’est presque jamais arrivé, j’avais fait quelque chose de déplacé, ma caricature ne se serait pas rendue en ligne et dans Le Journal. J’ai un filtre personnel avant, et il y a les gens du Journal qui me diraient que ça n’a pas de bon sens!

#6 As-tu déjà eu à retirer une caricature?

Non, pas vraiment. J’ai parfois modifié, remplacé, oui, parce que le sujet a changé durant la journée. Les fois où j’ai fait des «gaffes», c’est que la nouvelle a changé durant la journée.

Ygreck

Ça arrive parfois qu’une nouvelle parte en blanc et finisse en noir, alors ça, ç’a m’est déjà arrivé parce que je produis rapidement. De retirer un truc parce que ça n’a pas de bon sens, ça ne m’est jamais arrivé.

#7 Est-ce que tu as une caricature qui a vraiment fait réagir plus qu’une autre?

Ça arrive souvent! Cette année, il y en a eu une qui a roulé énormément, c’était sur Lise Thibault. Ç’a tellement défrayé les manchettes. Ce n’est pas parce que c’était une grande caricature.

Il y en a une qui m’a amené quelques soucis avec les carrés rouges. J’avais une position qui n’était pas vraiment favorable aux étudiants des carrés rouges et le ton a monté vraiment beaucoup.

J’ai fait des trucs sur Gabriel Nadeau-Dubois qui était le leader incontesté à ce moment-là et ç’a vraiment dérangé. J’ai eu beaucoup d’appels. Ç’a fait l’objet d’analyses, de chroniques et une personne a même fait une thèse sur cette idée que j’avais répandue. Celle-là, je l’ai regrettée parce que c’est la loi Goodwin, tu ne peux pas comparer un politicien à Hitler. Je n’avais pas réalisé, et j’étais arrivé au niveau de Ben Laden en terme de terrorisme politique et j’avais imagé Gabriel Nadeau-Dubois comme ça.

Mais ça ne s’est pas rendu dans Le Journal. Mais bref, je me suis rendu compte qu’on ne peut pas se rendre là non plus. J’ai regretté, car c’est un gars plein de qualités et éminemment intelligent, alors ça ne méritait pas cette analyse-là. 

#8 Est-ce que tu as remarqué qu’il y a des sujets qui sont plus sensibles que d’autres?

La religion, le sexe. Moi j’essaie de ne pas toucher à ça. Tout ce qui est grossier, j’essaie vraiment d’éviter. Les fesses, les seins, les fingers, ce n’est pas nécessaire.

Ygreck

La religion, malheureusement c’est très fragile. Les chrétiens surtout. J’essaie d’en rentrer, mais ça réagit toujours un peu. Les gens n’aiment pas ça alors quand ce n’est pas nécessaire... et avec ce qui est arrivé au Charlie Hebdo en début d’année, c’est revenu sur la place publique. Je me suis fait questionner là-dessus. Nous, les caricaturistes, on s’est fait rentrer dedans ç'a été incroyable. Tout le monde voulait qu’on essaie de dessiner Mahomet juste pour voir si on était game.

#9 Quelles sont les images les plus marquantes de l’année selon toi?

Ce qui est plate de cette année, c’est qu’il y a eu plein de mauvaises nouvelles. Des grosses mauvaises nouvelles qui ont duré longtemps. Les réfugiés, Charlie Hebdo, les attentats de Paris, le décès de Parizeau. Plein d’affaires pas très drôles et qui ont pris beaucoup de place dans l’information. Alors ça fait des images qui ne sont pas drôles, mais qui sont respectueuses des événements.

Ygreck

#10 Quels ont été les événements les plus inspirants pour toi?

On a eu deux campagnes électorales alors pour moi ce sont des événements plus intéressants. Ça a amené plein de jus! L’élection de PKP, de Trudeau, la chute de Harper. Ça, ç’a été du bon jus pour nous cette année. 

Ygreck