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Charlie Hebdo : une caricature du petit Aylan Kurdy suscite la controverse

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Qu’ont en commun Aylan Kurdy, le gamin syrien mort noyé en tentant de gagner l’Europe, et les agressions sexuelles de masse de Cologne? Pas grand chose, si ce n’est cette caricature signée Riss parue dans le dernier numéro de Charlie Hebdo.

Érigé en symbole de la liberté d’expression depuis les attentats du 7 janvier 2015 et le mouvement #JeSuisCharlie, le magazine satirique a toujours tiré à bout portant sur les tabous et les religions, mais plusieurs dénoncent l’amalgame douteux de la caricature, qui présente un Aylan devenu adulte, pourchassant une femme, le regard lubrique et la langue bien pendue.

Sous le titre «Migrants», on peut lire : «Que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi? Tripoteur de fesses en Allemagne.»

En mortaise, le corps inerte du petit Syrien, le visage à demi submergé.

La photo du petit Aylan Kurdi, mort noyé, a fait le tour du monde.
Reuters
La photo du petit Aylan Kurdi, mort noyé, a fait le tour du monde.

 

Agressions de masse à Cologne

La caricature fait bien entendu référence à la vague d’agressions sexuelles survenues en Allemagne le soir du Jour de l’An, qui suscite actuellement un vif débat sur l’accueil des réfugiés.

À ce jour, près de 600 femmes ont porté plainte, dont 500 à Cologne seulement. Selon les autorités, la majorité des 32 suspects identifiés seraient «originaires d’Afrique du Nord et du monde arabe», dont quatre Syriens, et 22 seraient des demandeurs d’asile.

Depuis les agressions, les violences contre les étrangers se sont intensifiées en Allemagne, faisant plusieurs victimes. Les pressions venant tant de la droite que de la gauche ont forcé la chancelière, Angela Merkell, a durcir sa position sur les immigrants, et plusieurs dénoncent le « silence politique » entourant les événements.

 

De vives réactions

Les réactions à la blague de Riss étaient nombreuses sur les réseaux sociaux, mercredi, plusieurs l’associant à l’humour d’extrême droite, pourtant bien loin des positions de l’illustrateur.

D’autres croient plutôt que le dessin de Riss «dénonce un discours stigmatisant pour les réfugiés» ou «se moque plus des journalistes que des migrants ou des femmes voilées».

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’illustrateur est critiqué pour une caricature d’Aylan Kurdi. En septembre dernier, un dessin montrant le cadavre du petit devant une réclame de McDonald avait également essuyé son lot d’injures.

 

*MISE À JOUR: Voici la double-page où apparait la caricature dans le magazine. À vous de juger, mais pour une mise en contexte éclairante, on repassera...

 

Un lectorat beaucoup plus large

La semaine dernière, Le Monde se demandait justement si le nouveau public de Charlie était prêt pour l’humour de Charlie.

«[...] le paradoxe terrible des attentats du 7 janvier n’est pas seulement qu’ils ont décimé la rédaction de ses plus flamboyants talents. C’est aussi qu’ils ont élargi son lectorat bien au-delà des vrais amateurs de Charlie», écrivait Raphaëlle Bacqué.

C’est bien ironique, mais les attentats contre Charlie Hebdo ont en effet fait exploser le public de l’hebdomadaire. Plus de 7 millions d’exemplaires du numéro suivant les attentats avaient été vendus, alors que celui commémorant le premier anniversaire de la tragédie, mercredi dernier, a été tiré à plus d’un million de copies, plus du double du tirage régulier.

On est bien loin des quelque 60 000 exemplaires du début 2014.

Qu’il le veuille ou non, Charlie Hebdo est aujourd’hui suivi par un public beaucoup plus diversifié et loin d’être conquis d’avance. Mais force est d’admettre que, malgré ce succès populaire, la rédaction du magazine n’a pas l’intention de mettre de l’eau dans son vin et maintiendra son ton décapant, quitte à froisser quelques plumes.

En entrevue avec Le Point, Riss avait commenté la une du 6 janvier en affirmant que «Charlie doit être là où les autres n'osent pas aller. (...) Il faut bousculer un peu les gens, sinon ils restent sur leurs rails».

Parlez-en en bien, parlez-en en mal...

(via L'Express)