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Un gouvernement intoxiqué à l’«austéritisme» sélectif

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Photo Agence QMI / Archives

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Le gouvernement du Québec présente des symptômes très clairs d’une dépendance à une drogue idéologique: l’«austéritisme» sélectif. Cette dépendance l’amène à adopter des conduites de gestion incohérentes, improductives et discriminatoires et nous conduit à la faillite sociale.

Le 9 décembre 2014, la ministre Lucie Charlebois lançait le Plan d’action interministériel en itinérance 2015-2020: Mobilisés et engagés pour prévenir et réduire l’itinérance. Parmi les mesures annoncées dans ce plan, la suivante: 

«Aider les personnes en situation de pauvreté à améliorer leur sort socialement et économiquement... en élaborant des mesures touchant le revenu disponible notamment pour les personnes seules».

Quelques semaines seulement après ce lancement, le 28 janvier 2015, le ministre de la Solidarité sociale de l’époque, François Blais, réduisait à un maigre 200 $ par mois la prime de dernier recours pour les prestataires qui se retrouvaient dans des établissements de désintoxication sous prétexte qu’ils étaient logés et nourris.

Cette semaine, un an plus tard, nous apprenions qu’un troisième centre de désintoxication, un des plus importants, la Maison Mélaric, fermait ses portes. Ce centre hébergeait et soignait 70 personnes aux prises avec des problèmes de dépendance. Parmi ces personnes, 43 s’y trouvaient suite à une ordonnance de la cour criminelle. Pour eux, c’était cela ou la prison. Les difficultés financières des centres de désintoxication ne sont pas étrangères à la réduction des prestations d’aide sociale imposée à leurs pensionnaires. Ceux-ci ne sont tout simplement plus capables d’assumer une partie des frais de fonctionnement des centres qui les accueillent comme ils le faisaient auparavant.

Questions:

  1. Comment le gouvernement peut-il justifier les coupes imposées à l’aide sociale, aussi bien par François Blais que par Sam Hamad plus récemment, en regard des objectifs de son plan interministériel d’action en itinérance? En quoi ces mesures viennent-elles améliorer le revenu et le sort des adultes vulnérables vivant seuls comme l’exige le plan? En quoi ces mesures contribuent-elles à prévenir et réduire l’itinérance au Québec?
  2. Comment la ministre déléguée aux Services sociaux et à la Réadaptation, Lucie Charlebois, peut-elle justifier son adhésion à ces coupes, elle qui est responsable de l’application du Plan d’action en itinérance?
  3. Combien la fermeture de ces centres de désintoxication coûtera-t-elle aux contribuables en mesures d’incarcération, en mesures d’interventions médicales d’urgence dans les hôpitaux ou de suivi sociomédical intensif, en mesures d’hébergement dans des refuges pour itinérants, ou au mieux, en mesures de relocalisation des patients dans les autres centres qui résistent encore tant bien que mal aux coupes?
  4. Comment le gouvernement peut-il justifier ces fermetures en invoquant ce nébuleux concept d’optimisation des services? Comment peut-on optimiser un service en le condamnant à la fermeture?
  5. Comment le gouvernement peut-il expliquer que l’optimisation des services en santé passe, d’un côté, par une fulgurante et indécente augmentation des honoraires versés aux médecins et, de l’autre, par l’étranglement financier des services dédiés aux personnes les plus vulnérables? Comment ne pas penser que ces coupes de services chez les plus vulnérables servent à améliorer le sort déjà très enviable des médecins?
  6. Comment le gouvernement peut-il à la fois trouver 1,3 milliard de dollars pour sauver Bombardier de la faillite et se montrer incapable de soutenir des services de dernier recours aux plus démunis autrement qu’en conduisant ces services à la faillite?

 

Il y a des dépendances et des intoxications de toutes sortes. Une des formes parmi les plus sournoises et les plus nocives est celle dont sont affligés nos dirigeants actuels: l’«austéritisme» sélectif. Ce gouvernement souffre d’une forme particulièrement sévère de dépendance à cette drogue idéologique qui le conduit à prendre des décisions qui favorisent les mieux nantis et qui nuisent à la santé et au bien-être des plus vulnérables. Cette dépendance idéologique nous conduit à un train d’enfer à la faillite sociale.