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Trois policiers

Ce monde disparu <br />
Dennis Lehane <br />
Éditions Rivages
Photo courtoisie Ce monde disparu
Dennis Lehane
Éditions Rivages

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Denis Lehane est le formidable auteur de plusieurs romans policiers que je considère comme étant de haute voltige. Quand le genre policier est écrit avec nerfs, sensibilité. Culture, intelligence, compassion et sens du rythme, c’est du grand roman. Mystic River, Gone, Baby Gone et Shutter Island sont de grands romans populaires, pleins de bruits et de fureur. Le plaisir de lecture est au rendez-vous, et beaucoup plus: une réflexion sur le monde, sur la nature du mal. Les personnages y sont complexes, féroces, attachants.

Mais depuis quelques années, Lehane s’est consacré à une trilogie mafieuse qui m’a laissé passablement indifférent. Avec le dernier opus, Ce Monde disparu, je dois avouer que j’ai bâillé plus souvent qu’à mon tour, et que ça manque singulièrement de nerfs, de vraisemblance et d’émotions. C’est écrit paresseusement, mais comme c’est Dennis Lehane, personne n’ose le dire, et on salue le grand écrivain sans aller dans les détails de ce qui ne fonctionne pas dans son «grand œuvre». Ce qui ne va pas? Il écrit de plus en plus pour l’adaptation cinématographique qui s’en suivra. En le lisant, on voit le film que ça donnera inévitablement, mais le roman, lui, est incomplet et mou comme de la guenille.

La faute en est sans doute aux extraordinaires adaptations de trois romans que j’ai cités plus haut. Pourquoi se forcer à écrire si c’est le film qui fait accourir les foules?

Mais c’est Lehane, il est bourré de talent. Espérons qu’il s’en souviendra en attaquant son prochain ouvrage.

Aux États-Unis, Lisa Gardner obtient également un succès considérable. Son plus récent roman en traduction, Famille parfaite, est une bluette sans colonne vertébrale, à la fois invraisemblable et prévisible. Invraisemblable, mais pourtant, ce qui m’intéresse chez Gardner, comme chez beaucoup d’auteures de policiers des dernières années, c’est l’irruption de la vie quotidienne dans l’univers policier. La garde des enfants, la rage de dents, le ménage, la responsabilité d’une mère, ses questionnements... Au cœur de l’action policière, les personnages féminins s’interrogent sur elles-mêmes comme jamais les hommes ne le faisaient, et cherchent, plus que la solution au crime lui-même, une qualité de vie qui leur échappe. C’est une avenue importante pour l’avenir du genre. Même si le roman est sans grand intérêt, il se lit pour ces raisons.

En France, finalement, Jean-Christophe Grangé écrit abondamment, pas toujours avec finesse, mais lui il a du nerf. Lontano est un roman policier ou la famille Morvan est sur les dents, avec un père assez louche qui œuvre depuis toujours dans les services secrets , un fils enquêteur, un autre cocaïnomane dans la haute finance, une fille ravissante et pute, et une série de meurtres rituels inspirés de pratiques magiques africaines. Ça swingue, ça gicle, ça bouge tout le temps et on n’a pas le temps de s’ennuyer une seule seconde. Du pur divertissement, mais avec quelques personnages juste assez complexes qu’on a l’impression de ne pas jouer à un jeu vidéo. Pas pire pantoute.