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«On est des cobayes humains»

Un citoyen de Gaspé ignorait que 70 000 litres d’acide avaient été enfouis à 320 mètres de sa résidence

forage gaspé
Photo collaboration spéciale Nelson Sergerie Le puits Haldimand n° 4 est situé à 320 mètres derrière la résidence de Pelope Adzakpa, dans le quartier Sandy Beach, à Gaspé.

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GASPÉ | Un citoyen de Gaspé dénonce le manque de transparence de Pétrolia, qui ne l’a jamais informé de l’injection dans le sol de 70 000 litres d’acide chlorhydrique près de sa résidence, l’automne dernier.

«C’est vous qui me donnez cette information. C’est effrayant. Ça fait peur et ça énerve», lance Pelope Adzakpa, qui a appris mercredi matin que des milliers de litres d’acide avaient été injectés dans le sol. Sa résidence est à 320 mètres du puits Haldimand n° 4 de la compagnie Pétrolia.

Le produit a été injecté lors des travaux de nettoyage réalisés entre le 18 novembre et le 20 décembre.

«C’est inquiétant. On a l’impression que la santé de la population à Gaspé ne compte pas. J’imagine mal injecter 70 000 litres d’acide chlorhydrique dans un puits à Lévis ou au centre-ville de Québec. Le tollé serait immédiat et la réponse politique aurait été immédiate», analyse ce professeur au cégep de la Gaspésie et des Îles.

Pelope Adzakpa
Photo collaboration spéciale, Nelson Sergerie
Pelope Adzakpa

Jamais été informé

Il craint une contamination des puits artésiens et les conséquences pour les citoyens. «J’imagine que l’entreprise se dégagera de toute responsabilité et on sera pris avec le problème.»

La population a posé beaucoup de questions depuis le début des forages, amorcés en décembre 2012.

«On a posé des questions sur les produits injectés, les conséquences, comment seront gérés les risques. À chaque fois, on n’a jamais eu de réponses. Les informations, je les obtiens par les médias», dit-il.

Rien de rassurant

L’entreprise prépare un essai de production de pétrole de longue durée de 240 jours au printemps.

Avec les derniers événements, M. Adzakpa est loin d’être rassuré. «Tout est fait en catimini. Il y a beaucoup de choses questionnables dans la façon dont on est traités», affirme celui qui craint pour la valeur de revente de sa maison.

«On est perdants au niveau sanitaire, au niveau économique, au niveau social. La compagnie est ici pour se donner une renommée dans une technologie. On est des cobayes humains. Il n’y a que les actionnaires qui tireront leur épingle du jeu», croit le citoyen.

Le groupe écologiste Ensemble pour l’avenir durable du grand Gaspé dénonce «le manque de transparence dans ce dossier en ne répondant pas aux questions relatives à l’acide utilisé».

Pétrolia a refusé de commenter le sujet.

Toutefois, dans une lettre adressée au maire de Gaspé et dont Le Journal a obtenu copie, Pétrolia écrit que les travaux se sont faits «sans recenser d’incidents en matière de santé, de sécurité et d’environnement».

L’entreprise souligne aussi que le comité de suivi des travaux, qui comprend des élus et des citoyens, avait «tous les détails techniques relativement à ces opérations».