/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Québécois ou Américain?

Des arguments suintent le mépris

René Angélil
Photo d'archives René Angélil

Coup d'oeil sur cet article

C’est aujourd’hui qu’auront lieu les funérailles de René Angélil. Un grand homme du Québec, pensez-vous?

Non, pour certains de nos intellectuels, Monsieur Angélil n’était pas assez québécois: il a vécu aux USA, sa femme est devenue une vedette aux USA, elle a chanté pour des films Made in the USA.

Alors, à cause de ses succès américains, il n’aurait pas droit aux honneurs de la nation québécoise!

On a le droit de remettre en question les funérailles nationales de René Angélil. Mais Mon Dieu que les arguments des opposants suintent le mépris!

Céline est-elle Américaine? 

Je vous ai parlé mercredi de l’acteur Raymond Cloutier (qui dénonçait une «célébration du bling-bling») et de la maison d’édition Lux (qui voulait qu’on rende publics ses rapports d’impôts avant de lui accorder des funérailles nationales).

Mais depuis, j’ai lu des déclarations encore pires.

La chroniqueuse Francine Pelletier se demande: «Est-ce qu'un homme d'affaires qui a fait carrière et fortune aux États-Unis mérite vraiment cet hommage? Il a fait des miracles pour Céline Dion, mais son rêve n'était pas québécois».

Et dans Le Devoir, Dominique Cornellier, un poète et prof de CÉGEP a écrit: «Installée à Las Vegas depuis plusieurs années, au royaume du kitsch et de l’argent, Céline Dion est une artiste américaine. En effet, le Québec n’aura été qu’un moment dans cette carrière tout entière vécue sous le signe d’une fascination décomplexée pour le rêve américain».

René Angélil
Photo WENN

Pour ces deux grands intellos, tant que Céline chantait en français, au Québec, elle était une des nôtres. Mais à partir du moment où elle a poussé la note en anglais, où elle a chanté pour les Américains et elle a fait de l’argent, elle a perdu son identité.

Sa spécificité québécoise a coulé avec le Titanic, c’est ça?

Mais depuis quand est-ce que le fait de réaliser «le rêve américain» nous rend moins québécois?

Robert Lepage crée des mises en scène dans les plus grandes villes du monde. Oserait-on dire que «son rêve n’est pas québécois»? Jean-Marc Vallée et Denis Villeneuve triomphent aux États-Unis. Sont-ils pour autant des traîtres à la nation?

Do not think big! 

Que reproche-t-on au juste à Céline Dion et René Angélil? Ils ont rêvé trop grand, ils ont eu trop de succès? Il ne faut surtout pas être aimé des Américains, car pour certains, c’est le baiser de la mort.

J’ai des petits conseils pour un jeune artiste qui commence sa carrière au Québec. Surtout, ne fais pas trop d’argent: au Québec, on méprise les succès commerciaux.

Ne sois pas populaire: au Québec on n’aime pas les artistes qui plaisent à un trop large public.

Ne rayonne pas, n’exporte pas ton talent. Ne vis pas à New York, Shanghaï ou Barcelone. Garde ton 4 1/2 à Limoilou ou sur le Plateau, c’est comme ça que nos intellectuels vont t’aimer.

N’aie pas d’ambition, rappelle-toi que «think big» c’est un slogan kétaine.

Et surtout, surtout, ne vois pas grand. Vois petit, petit.

Comme ça, quand tu mourras, le petit milieu culturel, bien fier de toi, exigera qu’on mette le drapeau du Québec en berne.