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Redéfinir le nationalisme

Brian Myles
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier Brian Myles

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Le nouveau directeur du journal Le Devoir, qui entrera en fonction dans quelques jours, a tenu des propos qui annoncent un vent de fraîcheur. À 42 ans, Brian Myles considère qu’«être nationaliste, c’est ne pas accepter qu’on fabrique un million d’analphabètes [...] ni accepter les taux de décrochage scolaire encore les plus élevés au Canada».

Le nationalisme tourne en rond et régresse sur le plan politique, si l’on se fie aux sondages actuels. Si l’on admet également qu’il n’y a de nationalisme qu’à travers l’option politique de la souveraineté­­.

Le nationalisme québécois doit retrouver du souffle, de la vigueur et de la pertinence. Il est illusoire d’être souverainiste si l’on manifeste de l’indifférence à cette maladie nationale qu’est l’analphabétisme du Québec moderne.

Il est intolérable de perpétuer cette ignorance endémique de notre langue écrite. Que l’on cesse d’affirmer sa fierté d’être Québécois si l’on est collectivement incapables d’enseigner correctement le français aux générations qui se succèdent. Aucun argument n’est acceptable­­ pour justifier cette réalité scandaleuse. L’argument fallacieux qui consiste à dire que seule l’indépen­dance nous permettra de nous sortir de cet état de fait est une insulte à notre intelligence.

Le refus de la pauvreté culturelle

L’on n’a pas besoin de faire l’indépendance pour apprendre à lire et à écrire correctement. La fierté consiste ici à refuser de handicaper les jeunes pour le reste de leur vie. Être nationaliste signifie­­ le refus de cette pauvreté culturelle. N’oublions pas que nous sommes en cette matière les seuls artisans­­ de cet échec lamentable, l’éducation étant un domaine de juridiction exclusivement provinciale.

Ce ne sont pas les «Anglais» qui sont responsables de notre piètre langue parlée­­. Ce ne sont pas eux qui nous ont appris à sacrer, à jurer, à déstructurer la langue, à la malmener et à croire qu’il n’y a rien là à n’utiliser que six cents mots de vocabulaire.

Ce ne sont pas les «Anglais» non plus qui ont diminué chez nous le goût d’apprendre­­, de nous instruire, de poursuivre nos études. Nous sommes collectivement responsables de ces statistiques déprimantes sur le taux de décrochage scolaire québécois le plus bas de tout le Canada. Pourquoi tant de jeunes décrochent-ils, indiquant de la sorte l’inutilité­­ des études?

Les vraies valeurs québécoises

Quelles valeurs sont transmises aux jeunes à travers le réseau scolaire? Est-ce la faute des «Anglais» si les parents francophones encouragent moins leurs enfants à étudier? Est-ce à cause des «Anglais» que trop de gens ont l’air de croire que l’ambition est une tare et que l’assistanat social est une manière de vivre?

Être nationaliste, c’est refuser d’attribuer aux autres la responsabilité de nos faiblesses et nos impuissances.

La fierté est un sentiment légitime, à la condition qu’elle soit le résultat de nos réalisations, de nos succès, de notre courage à surmonter les obstacles et de notre capacité à assumer le présent et à rêver l’avenir.

Le nationalisme québécois n’a d’avenir que s’il s’inscrit dans une conviction collective. Seuls artisans de nos réussites et nos échecs, voilà le vrai credo du nationalisme.