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Ferrandez doit revenir sur sa décision

Ferrandez doit revenir sur sa décision
Photo d'archives, Chantal Poirier

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Luc Ferrandez renonce à se présenter contre le maire Coderre aux prochaines élections. Il faut espérer qu’il revienne sur cette décision.

Il est parfaitement vrai que le maire du Plateau n’y est pas allé de main morte. Inspiré par l’idéal d’une collectivité urbaine viable, d’un environnement urbain apaisé où il est agréable de vaquer à ses occupations quotidiennes, il s’est résolument attaqué aux nuisances à ce mode de vie. Le modèle du tout pour la fluidité automobile allait être sacrifié au profit d’une vie communautaire plus convenable. Cela lui a valu les attaques les plus virulentes que l’on puisse imaginer de la part de celles et de ceux qui voient leur déplacement automobile dans le quartier comme un droit absolu ou de citoyens qui se sont sentis bousculés ou ignorés dans un processus implacable de changement. Cela lui a aussi valu d’être désigné comme le responsable ultime des difficultés des commerçants de la rue Mont-Royal alors que les données montrent clairement que ces déconvenues ne sont pas exclusives à cette rue. La rue Mont-Royal a certes déjà connu des heures de développement plus intense et fut une de nos rues chouchous. Elle le demeure en grande partie, mais doit désormais composer avec la compétition d’autres rues qui, à leur tour, sont devenues alléchantes parce que fondées sur le même modèle de propositions sympathiques, à la mode du jour. Les commerçants de la rue St-Denis autrefois extrêmement populaire en savent quelque chose. Il en est de même sur certaines portions de la rue St-Laurent. 

Ferrandez aurait eu l’appui de la Ville-Centre que la hargne dont il a fait les frais ne se serait pas manifestée de façon aussi virulente; cela aurait permis d’envisager plus sereinement des politiques plus cohérentes de déplacement automobile, piétonnier, en vélo ou en transport collectif. Il a été, sauf exception, quasiment le seul non seulement à souhaiter mais à vraiment modifier, trop drastiquement aux yeux de certains, les règles du jeu pour favoriser la construction d’une collectivité viable dans une ville tout occupée à réparer ses nids-de-poule et à déneiger ses rues défoncées. Non seulement par sa rhétorique, mais aussi par ses interventions parfois rugueuses, il nous a continuellement remis face à notre apathie vis-à-vis l’étalement urbain et ses conséquences désastreuses sur la qualité de vie à Montréal. Ses interventions dans un tel contexte ne pouvaient pas faire autrement que de paraître et d’être radicales.

Les décisions de Ferrandez n’auront cependant pas que suscité une grogne facilement exploitable dans les médias et à laquelle il faisait bon ton de s’associer. Elles auront aussi rencontré l’assentiment et l’approbation d’une partie importante des citoyens du Plateau sa réélection en faisant foi. Cela n’est pas étranger à sa capacité d’offrir aux résidents des espaces de vie communs, une vie piétonne plus agréable, et, malgré tout ce qu’on en dit, à maintenir une grande facilité d’accès à des commerces et des services diversifiés. Et son opiniâtreté aura aussi influencé les actions entreprises dans d’autres arrondissements par des conseillères et conseillers d’autres partis que le sien.

Sa popularité aussi bien dans son arrondissement que dans son parti n’est pas étrangère non plus à la clarté avec laquelle il s’est engagé politiquement. Lors de la dernière campagne électorale, il se plaisait à répéter: «Lors de mon premier mandat, j’ai exactement fait ce que j’avais annoncé. Lors de mon deuxième mandat, je le dis tout aussi clairement: je vais le refaire». Cela fait contraste avec la langue de bois, le louvoiement et les cachotteries dont les citoyens sont profondément écœurés. Il n’est pas le seul dans le monde municipal à énoncer clairement ses intentions et à s’y tenir, il est vrai; les maires Coderre et Labeaume se montrent souvent de cette trempe. Mais il est un des rares à poser sans compromis et sans fléchir des actions qui nous rapproche d’une vie urbaine viable, dessinée pour les personnes et non pour les chars, une vie urbaine où il est possible de se développer économiquement tout en favorisant la protection d’espaces de vie communs, les déplacements non polluants et sécuritaires, une vie urbaine où la préoccupation première n’est pas la rapidité de nos déplacements, mais l’enrichissante lenteur de nos interactions. Ferrandez incarne cet idéal d’une ville plus humaine face à un modèle d’aménagement qui a fait maintes fois la preuve de sa faillite. Il faut qu’il demeure en business et revienne sur sa décision.