/opinion/blogs/columnists
Navigation

La courte vue ministérielle

Philippe Couillard, Asemblee Nationale, premier ministre, parlem
Photo d’archives

Coup d'oeil sur cet article

Le ministre Blais a rarement le don de m’éblouir et ce n’est pas le rehaussement de la note des tests de français pour les futurs «profs» et le 15 minutes de lecture quotidienne dans les écoles du Québec qui me le rendra plus brillant.

Encore une fois, nous assistons à un spectacle ministériel qui touche des cordes sensibles et qui vise à nous faire croire que le gouvernement prend les mesures nécessaires pour redresser la situation. Après l’ex-premier ministre Jean Charest qui voulait la dictée hebdomadaire dans chaque classe du Québec, le ministre de l’Éducation nous promet la lecture assidue pour améliorer la maîtrise de la langue.

Autre illusion qu’il se crée à lui-même, il espère qu’avec le resserrement des tests de français, seuls d’excellents candidats poseront leur candidature dans les facultés d’éducation. Il omet toutefois de dégager des mesures qui favoriseront l’attraction vers la profession d’enseignant. Il renvoie au modèle finlandais qui ne retient que 10 % des postulants universitaires dans les facultés d’éducation en faisant totalement abstraction de la considération sociale dont bénéficient les enseignants finlandais.

Nous avons là un autre exemple de bonnes intentions traficotées qui risquent de s’avérer à moyen terme des pétards mouillés. Le ministre a de bons diagnostics, mais une fois plus, on nous sert les mauvais remèdes. En ne révisant pas ses programmes et en ne transformant pas l’environnement éducatif, ses éventuels successeurs feront les mêmes constats et risquent de nous proposer les mêmes solutions éculées dans trois ou quatre ans.

Je suis d’accord pour rehausser les exigences de maîtrise de la langue pour les enseignants et je suis convaincu que cela commence à l’école, en bas âge. Sa proposition de lecture quotidienne va dans la foulée des réformateurs des années 90. Ceux-ci s’appuyaient sur une approche socioconstructiviste et émergente. Ils tentent de nous faire croire que l’élève va apprendre à lire et à aimer lire en lisant. C’est vrai pour une bonne moitié des élèves, mais cela s’avère inefficace pour au moins le tiers des élèves, d’où le souhait de plusieurs d’apporter des modifications au programme de français.

En améliorant leurs connaissances, on augmentera l’intérêt pour la lecture et la maîtrise de la langue. Cela aura sûrement un effet bénéfique chez les futurs enseignants. Cependant, ces bonifications risquent de ne se faire ressentir qu’après une décennie et entre-temps il faudra continuer de recruter. Le risque est grand dans la formule proposée
de manquer de candidats et de créer artificiellement une pénurie. Si la cote R des Facultés des sciences de l’éducation est la plus basse, ce n’est pas nécessairement par choix, mais bien par obligation d’atteindre un nombre de candidats suffisants pour prendre la relève.

Dans l’environnement actuel de l’éducation, il n’y a pas beaucoup d’éléments attractifs et la situation ne va pas en s’améliorant. L’échelle de traitement aux multiples échelons est loin d’être un facteur de motivation. L’isolement professionnel est un autre facteur de désengagement, alors que dans la tourmente l’enseignant est abandonné à lui-même par ses supérieurs immédiats. Les critiques acerbes servies régulièrement dans les médias sont une autre source de découragement. Pour finir, l’autonomie en prend pour son rhume avec un ministre qui te commande de faire lire tes élèves quotidiennement.

C’est le plus beau métier du monde, mais il est des gens dont l’occupation semble être de le rendre impraticable.