/opinion/columnists
Navigation

L’indifférence linguistique

Coup d'oeil sur cet article

Nous avons pris conscience il y a quelques décennies déjà que l’avenir du français au Québec était fortement lié à notre capacité d’intégrer les immigrants à la langue majoritaire du Québec.

L’un des chapitres les plus importants de la loi 101 portait d’ailleurs sur la francisation des immigrants et l’inscription de leurs enfants aux écoles françaises.

Il y a de quoi s’inquiéter vivement de la proportion grandissante de nouveaux arrivants non francophones qui boudent les cours de francisation. Selon un dossier du Devoir qui reprend les données du ministère, environ 60 % des adultes ne connaissant pas le français à leur arrivée disent non aux cours de français qui leur sont offerts. Il s’agit d’une forte hausse.

Ces chiffres sont symptomatiques d’un désintérêt général concernant l’importance du français. Pour plusieurs, le seul fait d’aborder ces questions relève du folklore. Pour d’autres, l’intérêt pour l’avenir du français ne serait qu’une vieille affaire de péquistes. Je continue au contraire de croire que la pérennité de notre langue demeure une responsabilité collective de tous les instants. Le manque de sensibilité du gouvernement Couillard en la matière est navrant.

Forte immigration

Jamais l’intégration des immigrants n’a eu autant d’importance qu’au cours de la dernière décennie. La raison en est fort simple: jamais le Québec n’a accueilli annuellement un aussi grand de nouveaux arrivants. Durant des décennies, le Québec accueillait entre 20 000 et 30 000 immigrants par année. Ces dernières années, le rythme a à peu près doublé, atteignant une cinquantaine de mille.

Le ministère s’interroge actuellement sur les raisons qui expliqueraient ce fléchissement de la proportion d’immigrants non francophones qui se présentent aux cours de français. Puis-je aider la réflexion? Quand les gens ne font pas une chose, c’est souvent parce qu’ils n’en voient simplement pas la nécessité.

En forte majorité, les immigrants s’établissent à Montréal. Parler français, est-ce une absolue nécessité? On peut très bien vivre, travailler et obtenir réponse à ses besoins dans la métropole sans parler un mot de français. Dois-je rappeler que si la tendance se maintient, les gens parlant français à la maison seront minoritaires sur l’île de Montréal dans quelques années. Et parler français, aucune loi ne vous y oblige.

Pourtant depuis 2011, les candidats à l’immigration ont l’obligation de signer la Déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise, qui contient un engagement clair à apprendre le français.

Visiblement, ce geste a gardé une portée purement symbolique. Même offerte gratuitement, la formation est refusée par plusieurs et l’engagement pris dans la déclaration est rompu... sans la moindre conséquence.

L’illusion

Notre faible intérêt pour ces questions découle probablement de la fausse sécurité associée à la loi 101. Cette loi est bonne.

Mais dans une exagération collective, nous nous sommes intoxiqués à croire que l’obligation des enfants d’immigrants de fréquenter l’école française venait de sécuriser notre avenir linguistique. En réalité, bon nombre de ceux qu’on appelle «Les enfants de la loi 101» détiennent cette compétence de parler français au besoin. Mais ils vivent au quotidien en anglais.

Vous en doutez? Allez magasiner au Carrefour Laval!