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L’anarchie sexuelle

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Photo Facebook Kelly Martin-Nolet

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On a longtemps cru que la pilule, et la révolution sexuelle qu’elle a engendrée, profitait surtout aux femmes en leur permettant de vivre une sexualité récréative heureuse, comme les hommes, sans honte ni grossesses. Ni peines d’amour, croyait-on...

Mais quand j’apprends qu’une adolescente de 14 ans avait fugué pour vivre «son rêve» de devenir escorte (plutôt celui de son pimp), je me questionne sur la crise des valeurs créée par le plus important chambardement social du 20e siècle.

La nouveauté de notre époque «pas mêlée à peu près», c’est qu’ils arrivent à faire croire à leurs proies qu’elles sont consentantes.

La jeune fille en question, Kelly Martin-Nolet, a été retrouvée. Mais les questions demeurent: pourquoi une jeune fille, intelligente, belle, qui a grandi dans une famille traditionnelle, à l’aise, qui fréquentait un collège privé exclusif, fugue-t-elle à répétition? Rien à voir avec ces adolescentes malheureuses qui fuient une famille dysfonctionnelle.

Kelly Martin Nolet
PHOTO COURTOISIE/POLICE DE LAVAL/AGENCE QMI
Kelly Martin Nolet

Sa mère a craint que sa fille devienne une autre victime du trafic d’êtres humains auquel excellent les gangs de rue. Kelly serait tombée entre les pattes d’un proxénète qui l’aurait recrutée avec l’aide d’une autre jeune fille.

Une fille fera plus facilement confiance à une autre fille, surtout si elle lui montre les beaux vêtements, les bijoux et les sacs à main griffés que son pimp, pardon, chum, lui a offerts. Elle ne dira pas à la recrue qu’elle ne verra pas l’argent de son «travail». Ces salauds achètent des cadeaux aux filles avec l’argent qu’elles ont gagné.

Autre temps

Avant la révolution sexuelle, l’homme demandait, la femme disposait. Les gars s’attendaient à se faire revirer comme une crêpe au terme d’une tentative de conquête sexuelle. Les ados vivaient leurs premiers émois amoureux en faisant du necking dans le sous-sol de leurs parents, pas en recevant une fellation à l’arrière de l’autobus scolaire. Un garçon qui arrivait à glisser sa main sous le chandail de sa blonde se considérait le mâle le plus chanceux sur terre pendant que la fille découvrait l’étendue de son pouvoir: à moins d’avoir affaire à un violeur assoiffé de pouvoir, c’est elle qui avait le dernier mot.

Le légendaire sociologue de Harvard Pitirim Sorokin prédisait en 1956 que la libération des mœurs sexuelles mènerait tout droit à l’anarchie sexuelle, à une augmentation des divorces, à de la négligence parentale, à une augmentation des problèmes de santé mentale et à ce que j’appelle la «pornogrification» de la culture. La réflexion de Sorokin, il faut le préciser, n’était ni religieuse ni moralisatrice, mais d’ordre scientifique.

Une enfant de 14 ans qui croit qu’elle pourrait être plus heureuse en devenant escorte illustre bien l’état d’anarchie sexuelle dans laquelle nous vivons. Pour ces adolescentes qui se prostituent avant même de connaître la vie, la sexualité n’est qu’un acte mécanique qui génère des acquis matériels plus gratifiants qu’une vie familiale, étudiante ou amoureuse enrichissante. Le vide affectif. Comme dans les films pornos.

Le sexe qui amuse

La majorité des adolescentes ne céderont pas aux promesses des proxénètes, mais lorsque la culture populaire glorifie une sexualité-divertissement déconnectée des sentiments, doit-on s’étonner quand cela arrive?

Il y a toujours eu des hommes, des pimps, pour réduire les femmes à l’esclavage sexuel. La nouveauté de notre époque «pas mêlée à peu près», c’est qu’ils arrivent à faire croire à leurs proies qu’elles sont consentantes. Misère.


♦ Suite sur mon blogue: L’anarchie parentale