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Les deux sens de la patinoire

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RONA n’est plus québécois.

C’est la brutale réalité de l’économie de marché, celle qui a vu naître Spotify qui chamboule le modèle de droits d’auteur de nos artistes, Uber qui bouscule nos taxis et Walmart qui veut ouvrir jusqu’à 23 h pour concurrencer nos épiceries et nos dépanneurs.

UN FLEURON

RONA était-il vraiment ce qu’on appelle un «fleuron» québécois? Certes, mais une analyse sentimentale ne nous mène nulle part.

La froide vérité, c’est que RONA cherchait son oxygène depuis l’arrivée de Home Depot et la consolidation des Canac, Home Hardware et BMR de ce monde dans le marché hyperconcurrentiel de la rénovation.

Home Depot, c’est 2248 magasins dans le monde avec un chiffre d’affaires de 78 milliards. Quand ils sont arrivés au Québec, en 2000, l’espace est devenu plus restreint pour tout le monde. RONA manquait d’air. Et la baisse du dollar canadien a rendu l’aubaine encore plus attrayante pour Lowe’s, le numéro 2 de la quincaillerie aux États-Unis.

Avec ses 1840 succursales et son chiffre d’affaires de près de 60 milliards de dollars, Lowe’s est juste derrière Home Depot et prend les moyens pour la détrôner.

Qui parle de l’opportunité extraordinaire pour nos meilleurs fournisseurs qui voient s’ouvrir de nouveaux marchés? Ou du jackpot pour la Caisse de dépôt, détentrice de 17,5 % des actions de RONA? Tous les ans, on chauffe son PDG Michael Sabia afin qu’il fasse fructifier notre bas de laine; alors voilà, la commande aura été livrée.

Il aurait fallu faire quoi au juste? Imposer un veto? Non, mais quel message doctrinaire ça aurait envoyé au monde entier! Déjà que le virage vert radical du premier ministre Couillard à Paris a envoyé des signaux brumeux à domicile et à l’étranger, aurait-on vraiment eu besoin de contaminer davantage la réputation du Québec?

D’UN BORD COMME DE L’AUTRE

Legault et Péladeau, dans leur crise d’urticaire commune, oublient totalement le principe de la réciprocité.

Au hockey, tu peux marquer des buts, mais tu peux aussi t’en faire compter. Ainsi va l’économie de marché, comme la nôtre. Le Québec, trop souvent, c’est le bec fin naïf qui célèbre avec orgueil toutes les acquisitions de nos firmes dans le monde, mais qui crie «Maman, j’ai peur» pour bloquer une acquisition sur son territoire.

En tout, 14 900 Couche-Tard (et ses affiliés) sur la planète et tout est champion, mais ici par contre, tout est blindé et rien n’est «achetable»? Vraiment?

On ne conduit pas la voiture en regardant dans le rétroviseur, alors saisissons les marchés, devenons les meilleurs, les plus efficaces, les plus solides. Et surtout, continuons à mettre de la pression sur nos gouvernements afin de rendre nos entreprises d’ici encore plus compétitives en allégeant le fardeau fiscal et bureaucratique.

À bien y penser, dans les réactions épidermiques à cette transaction Lowe’s-RONA, n’y avait-il pas un certain fond d’anti-américanisme?

Être acheté en est une, mais par des Américains en est une autre.

On ne le saura évidemment jamais, mais si l’acheteur de RONA avait été Français, aurait-on assisté à une telle démonstration d’émotions aussi hostiles et rébarbatives?