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Don de sang : les gais devront s’armer de patience

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Le Parti libéral du Canada s’apprête à assouplir les règles du don de sang des homosexuels, mais pas, tel que promis, à «mettre fin à l’interdiction discriminatoire» qui disqualifie la majorité des hommes gais. Du moins, pas tout de suite.

C’est Santé Canada qui dicte les règles à Héma-Québec et à la Société canadienne du sang. Actuellement, tout homme qui a eu une relation sexuelle avec un autre homme dans les cinq dernières années ne peut donner de sang, même s’il est dans une union stable et exclusive.

En campagne électorale, l’équipe de Justin Trudeau s’est engagée à : «mettre fin à l’interdiction discriminatoire qui empêche les hommes ayant eu des rapports sexuels avec d’autres hommes de donner du sang». Cette interdiction prévaut «même dans les cas de relations sexuelles sures et monogames, ne tient pas compte des preuves scientifiques et doit prendre fin», lit-on sur le site Web du parti libéral, où l’on trouve aussi une pétition. On promet une «nouvelle politique non discriminatoire fondée sur la science».

Mais le gouvernement fédéral ne semble pas pressé d’en arriver là. La ministre de la Santé, Jane Philpott, a indiqué dans un courriel au Journal que Santé Canada «s’attend à recevoir prochainement» une proposition de la part des deux sociétés de don de sang. Cette proposition, confirme Héma-Québec, sera de réduire le délai d’interdiction de cinq ans à un an.

Marie-Pier Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT, rétorque qu’«ils ne sont pas en train de mettre fin à l’interdiction», tel que promis, «ils sont plutôt en train d’assouplir l’interdiction».

Ainsi, Santé Canada perpétue ce qu’elle perçoit comme un non-sens : «Un homosexuel qui a une relation monogame depuis longtemps est bloqué de donner du sang. Mais un hétérosexuel qui a des comportements à risque avec plusieurs partenaires, lui, a le droit de donner du sang. Ça n’a pas de sens!»
L’interdiction temporaire, même ramenée à un an, «va rester discriminatoire tant qu’elle sera basée sur le sexe du partenaire plutôt que sur les comportements sexuels.»

Restrictions abolies dans plusieurs pays

Pourtant, plusieurs pays comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie, le Mexique, la Russie et l’Afrique du Sud ont aboli ce genre de restrictions qui disqualifient par défaut la plupart des hommes homosexuels du don de sang. Au lieu de demander au donneur s’il a couché avec un homme, on lui demande tout simplement s’il a eu des comportements sexuels à risque comme des relations non protégées, des partenaires sexuels multiples, etc., peu importe que ce soit avec des hommes ou des femmes. C’est la voie à suivre, selon le Conseil québécois LGBT.

Toujours par courriel, la ministre de la Santé affirme que le gouvernement «demeure engagé à prendre des décisions basées sur les faits pour appuyer l’élimination de politiques de sélection des donateurs stigmatisantes». Mme Philpott continuera de «faire pression» en ce sens, assure-t-elle.

Les restrictions au don de sang de la part des homosexuels sont apparues dans les années 80 avec l’épidémie de Sida. Beaucoup de pays les maintiennent encore à ce jour, d’autres les ont assouplies, la plupart du temps en imposant une interdiction d’un an, comme s’apprête à faire le Canada.

Les statistiques montrent, encore aujourd’hui, beaucoup plus de maladies transmises sexuellement, comme le VIH, chez les hommes gais sexuellement actifs. Cependant, chaque don de sang est testé avant d’être utilisé. Le délai d’abstinence sexuelle imposé aux hommes gais existe au cas où ces tests ne fonctionneraient pas. En effet, le VIH doit avoir été transmis depuis quelques jours avant d’être détectable. C’est la raison pour laquelle Santé Canada impose actuellement cette restriction de cinq ans, qui sera ramenée bientôt à un an.

Mais pourquoi discriminer les hommes qui couchent avec des hommes, et non pas les comportements sexuels à risque, peu importe l’orientation? Le Dr Marc Germain, chez Héma-Québec, répond que, théoriquement, «la personne hétéro qui a plusieurs partenaires sexuels a plus a risque que le couple gai stable. Mais dans la réalité, on ne pose pas la question aux hétérosexuels, et, pourtant, le nombre de donneurs VIH positif est minuscule : maximum trois par année au Québec.»

Plusieurs pays ont pourtant fait le choix de discriminer les comportements sexuels et non l’orientation, mais Héma-Québec a de la difficulté à obtenir les données de ces pays.

Pourquoi ne pas permettre aux homosexuels en union stable de sonner du sang? Héma-Québec manque de données sur ce groupe, indique le Dr Germain. Il ajoute qu’en cas d’infidélité non déclarée, les risques demeurent plus grands chez les gais que les hétérosexuels.