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«Ma trisomie n’a jamais été un frein»

La femme de 38 ans est fière de représenter Charlesbourg à la Revengeance des duchesses

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Photo Le Journal de Québec, Annie T. Roussel Roselyne Chevrette est devenue duchesse de Charlesbourg de La Revengeance des duchesses 2016, dans le cadre du Carnaval de Québec, après que l’Association pour l’intégration sociale de la région de Québec, organisme pour lequel elle est porte-parole, ait eu l’idée de l’inscrire afin de mettre en lumière la diversité des femmes.

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Roselyne Chevrette, 38 ans, mord dans la vie à pleines dents. Vivant avec la trisomie 21, rien ne l’arrête: elle se nourrit de ses passions, travaille à temps partiel, fait du bénévolat, donne des conférences. Assumant pleinement sa différence, Roselyne s’est donné une mission: porter un message d’espoir. Le Journal a rencontré celle qui porte fièrement le diadème de duchesse de Charlesbourg de La Revengeance des duchesses 2016 à Québec, «un rêve de petite fille» qui est devenue réalité pour elle.

Tu es très dynamique, impliquée dans plusieurs projets. Comment te définis-tu?

Je suis une femme, d’abord et avant tout. Une femme active, festive, pleine d’énergie, avec mille et un projets! Oui, je suis trisomique, mais je ne suis pas «atteinte»: je suis touchée par la trisomie 21.

Comment as-tu vécu ton enfance?

Quand mes parents ont su ce que j’avais, ma mère, qui est professeure, a pris en charge de me stimuler davantage. Elle a décidé que j’allais aller à l’école comme tout le monde, dans des classes normales. Quand j’ai eu trois ans, j’ai commencé toutes les affaires qui étaient possibles pour moi! La danse, le jazz, la gymnastique. Et je n’ai jamais arrêté de faire de la danse: je fais présentement de la danse internationale folklorique et du jazz contemporain.

Comment s’est déroulée ton intégration à l’école?

Au primaire et au secondaire, j’ai vécu le rejet, l’isolement, la solitude, les moqueries. Ç’a été difficile, mais j’ai quand même fait des activités qui m’ont beaucoup aidée, comme le théâtre. J’allais souvent étudier à la bibliothèque parce que ma mère me disait: «Les livres, c’est des amis.» Maintenant, j’ai trois recueils de poésie à mon actif! J’écris présentement mon quatrième. C’est mon dada.

Trouves-tu qu’il y a encore trop de préjugés sur la trisomie 21?

Oui, y en a trop. Les gens catégorisent ça comme «infantilisant». On a la physionomie d’un enfant, on ne grandit pas vite, pis là ils pensent qu’on est des enfants, alors qu’on n’est pas ça! Au lieu de nous parler directement, ils parlent directement à nos parents. Ça, c’est choquant pour nous. Moi, je combats ça tous les jours.

En tant que porte-parole depuis 11 ans de l’Association pour l’intégration sociale de la région de Québec, tu témoignes souvent de ton histoire. Quel message souhaites-tu porter?

Un message d’espoir. Qu’on peut apporter une différence de plus à la société. Intégrer les personnes comme moi, c’est maintenant ma mission de vie. Avec le témoignage que j’apporte, les gens sont impressionnés par tout ce que je fais! Il faut persévérer, faire des projets, acquérir de l’autonomie et aller vers les gens malgré la peur et l’ignorance: ça fait une différence.

Y a-t-il un message que tu souhaites lancer aux futurs parents d’enfants triso­miques?

On dit que les personnes trisomiques sont une espèce en voie de disparition, présentement. Dans le temps où je suis née, on ne faisait pas le dépistage qui se fait aujourd’hui. [...] Je leur dirais qu’on est des enfants, des êtres humains, d’abord et avant tout. Que c’est un enfant qui va apporter plus à la société. Il ne faut pas avoir peur de les accueillir.