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Relancez Scorpion !

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La prostitution juvénile n’est pas une priorité pour le Québec.

Si ça l’était, on le saurait.

Franchement, depuis deux semaines, le cha cha cha ridicule de nos dirigeants sur le sujet n’est pas beau à voir. Incompétence, ignorance, mollesse. La totale.

Ne pourrait-on pas plutôt y aller de l’abondance du cœur en menant la guerre aux pervers et en protégeant nos filles?

À la place, les fonctionnaires de la jeunesse se cachent et la ministre Lucie Charlebois continue d’exhiber un patent manque de vigueur et de clarté.

Comment freiner les fugues de jeunes filles? Les portes ouvertes ou fermées dans les centres jeunesse?

Des questions limitatives et futiles qui masquent une improvisation et un manque de vision.

Si on était vraiment sérieux dans la lutte à ce vice, on apercevrait à la télé des files de «pimps» et de clients pervers dans les palais de justice.

Car sans clients, pas de prostitution juvénile. Tu veux tuer le réseau? Attaque les clients, comme à Québec en 2002!

LE MODÈLE SCORPION

Au début des années 2000, j’ai couvert l’Opération Scorpion (sur la prostitution juvénile à Québec) pour TQS Québec.

Ce qui se passe dans le coin de Laval présentement n’est ni plus ni moins qu’un copié collé de ce qui s’est passé ici en 2002.

La police avait frappé fort avec l’arrestation massue des souteneurs et des clients.

La faction des Libanais, les membres du Wolf Pack et surtout les clients. Des gens connus et bien connectés de Québec. Et des fillettes, dont plusieurs recrutées en plein... centre jeunesse!

Au bout du compte, le taux de condamnation de la police de Québec et de la Couronne aura été exceptionnel.

Un vrai coup de masse !

Encore aujourd’hui, plusieurs enquêteurs expérimentés de Scorpion sont en fonction et seraient disponibles pour prêter main-forte dans l’actuel dossier.

Mais le téléphone ne sonne pas.

RECRUTEMENT

Au gouvernement, on préfère jouer les surpris paniqués, mais tout ça au fond relève d’un manque d’intérêt envers ce dossier.

Pourtant, il y a des tonnes de rapports! Dont une magnifique étude sur le phénomène de l’infiltration des centres jeunesse par les gangs, réalisée à l’Université de Montréal et datée de... 2005.

«Ce n’est plus un secret, les centres jeunesse sont un lieu de recrutement des jeunes filles en vue de la prostitution par excellence compte tenu du portrait des filles qui s’y trouvent. Les pimps y placeraient leurs sœurs, leurs blondes, leurs amies afin d’infiltrer le milieu des centres jeunesse. La fille ne va jamais se douter que sa meilleure amie est payée pour amener sa tête à quelqu’un d’autre. Mais en fait, c’est beaucoup ça qui se passe.»

En 2002, à Québec, le top recruteur en chef était justement... la blonde du leader du gang!

En se privant de l’expérience de Québec et de l’expertise policière emmagasinée, on est condamné à revivre le même choquant scénario.

Parfois, l’autre bout de la 20 semble si loin...

Triste de voir gaspiller un «know how» qui pourrait servir à protéger tant de filles et de familles.

Comme disait Confucius, l’expérience est une bougie qui n’éclaire que celui qui la porte.