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25 fois René Angélil

25 fois René Angélil
Photo d’archives

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L’image est aussi forte que rarissime. Dans un avion survolant l’Amérique, une Céline Dion radieuse enlace tendrement son époux, René Angélil. Un cliché qui témoigne à merveille de l’accès privilégié au célèbre couple qu’ont eu les médias québécois et que relate dans son livre René, l’homme qui savait rêver le journaliste Dany Bouchard, qui a suivi la carrière de Céline pendant 10 ans pour Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec.

«Cette session a été réalisée en 1998. C’est super touchant comme photo. Quels autres artistes ont déjà ouvert leurs portes de cette façon à des photographes? Je ne me souviens pas d’avoir vu une session de photos de Madonna dans son jet privé», observe Dany Bouchard.

C’est donc en constatant la richesse des archives photographiques du Journal de Montréal, un des rares médias à avoir suivi pas à pas Céline depuis ses débuts, que le projet d’écrire un livre sur René Angélil s’est mis en branle, l’automne dernier, quelques mois avant son décès.

Dany Bouchard affirme ne pas avoir eu la prétention d’écrire une biographie d’Angélil, un exercice déjà réalisé avec brio par Georges-Hébert Germain. «Je montre plutôt 25 facettes de cet homme que les gens ont découvert après sa mort ou que les gens croyaient connaître. On les amène plus loin à travers des témoignages et des extraits d’articles écrits durant toutes ces années.»

Le journaliste évoque par exemple la passion dévorante de René Angélil pour le poker.

«J’entendais plein de monde à sa mort dire: “Wow, c’était un joueur de poker!” Dans notre tête de journalistes, c’est de l’acquis. On le savait qu’il jouait depuis longtemps et qu’il adorait ça. On s’est dit que c’était une facette de lui à explorer.»

Dany Bouchard, René, l’homme 
qui savait rêver 
Les éditions du Journal 
167 pages
Photo d’archives
Dany Bouchard, René, l’homme qui savait rêver Les éditions du Journal 167 pages

La passion des fans

L’auteur ajoute qu’il a aussi tenu à saluer la passion des fans de Céline.

«Les fans de Céline sont des gens fabuleux, qui travaillent très fort à faire rayonner René, Céline et ses chansons. Dans le livre, j’ai choisi de leur faire un clin d’œil, à eux et à leurs efforts, en publiant des extraits de certaines chansons de Céline qui illustraient les sujets abordés. Les fans se sont donné un mal fou pour traduire, de façon la plus juste possible, les paroles chantées par Céline, et ce sont ces paroles qui sont dans le livre.»

Les faits d’abord

Même si la proximité entre les médias québécois et le couple Dion-Angélil était sans comparaison dans l’industrie du spectacle, Dany Bouchard affirme que le puissant gérant n’a jamais cherché à manipuler les journalistes.

«Il connaissait très bien le rôle des journalistes. Je l’ai toujours énormément apprécié. Ça ne veut pas dire que j’ai écrit seulement des choses positives sur René ou Céline. J’ai déjà écrit des choses qui ne leur faisaient pas nécessairement plaisir.

Mais, à partir du moment où c’était vrai, que ce n’était pas teinté de mauvaise foi ou fait avec de mauvaises intentions, il reconnaissait que le travail a été fait, et ça s’arrêtait là.»

Maintenant que René Angélil n’est plus, est-ce que la presse québécoise aura le même accès à Céline?

«Dans ma tête, c’est clair qu’une page s’est tournée sur le show-business québécois et international. Les choses seront faites différemment, c’est certain. C’était un gérant assez unique, ne serait-ce que par son ouverture avec les médias.

Aura-t-on le même accès? c’est une chose. Mais est-ce que Céline restera toujours elle-même, franche, honnête, sincère et accessible? Je suis sûr que oui.»

Avant Céline, Ginette

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René Angélil caressait d’ambitieux rêves pour une autre voix du Québec, Ginette Reno. Celle-ci enregistra d’ailleurs l’un de ses albums les plus marquants en carrière, Je ne suis qu’une chanson, alors qu’Angélil était son agent.

La chanson-titre de ce disque, composée par Diane Juster, devint emblématique de la grande dame, et le disque dépassa le cap des 385 000 exemplaires vendus, un record inégalé au Québec pendant plus de 15 ans.

L’association Angélil-Reno fut de courte durée et, à son terme, l’impresario songea à quitter le métier. «Pour moi, c’était la fin du monde», confiait-il en 2007.

Cette étape fut néanmoins déterminante, car elle fit germer d’autres rêves, plus grands, plus fous — pas chez lui, mais dans le cœur d’une autre! Une illustre inconnue nommée Thérèse Dion.

Comme Elvis

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Pour guider Céline, René Angélil s’est librement inspiré du style du colonel Parker, l’agent de son idole de toujours, Elvis Presley. «C’est une légende qui a marqué toute une génération, relevait-il. Et, 30 ans après sa mort, ça fonctionne toujours.»

[...]

D’un point de vue professionnel, les ressemblances entre le colonel Parker et René Angélil sont nombreuses, qu’il s’agisse de leur assurance de remporter du succès, de leur sens aigu du marketing ou de leur façon de s’ériger en barrière protectrice entre leur artiste et les dangers de l’industrie.

Comme le colonel Parker, René n’a jamais douté du talent ou des capacités de sa protégée. Il l’a crue capable des plus grands accomplissements et a tout fait pour qu’elle puisse les réaliser. C’est ainsi que René a su élever Céline au statut d’artiste indémodable, indétrônable et inimitable.

Comme Elvis.

« Mourir dans tes bras »

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«René est un champion», a-t-elle dit en 2015, au magazine Taste of Life alors qu’elle préparait son retour à la scène. «Je l’ai aimé toute ma vie. Je ne veux pas paraître prétentieuse, mais je suis sa chanteuse préférée et il veut me revoir sur scène.» Dans un touchant entretien accordé au quotidien USA Today en août de la même année, elle a raconté comment elle composait avec la maladie de son amoureux: «Je vais dire à René: “As-tu peur? Je comprends. Parle-m’en.” Et René me dit: “Je veux mourir dans tes bras.” OK. Parfait. Je serai là. Tu mourras dans mes bras.»

Angélil, l’acteur

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Du côté du grand écran, René Angélil a joué dans le film Après ski, de Roger Cardinal. Cette production de 1971 mettait en vedette Daniel Pilon, Céline Lomez et Pierre Labelle, qui était aussi des Baronets.

[...]

Près de 40 ans plus tard, René Angélil analysait humblement son bref parcours d’acteur: «On avait, Pierre Labelle et moi, une scène de sept ou huit minutes dans Après ski, dans un bar. On était très drôles. Alors un producteur nous a offert les rôles vedettes de L’apparition. Même s’il y avait plein de gros noms au générique, ça a été un flop terrible.»

Il faudrait patienter plusieurs années avant que René Angélil ne se représente devant les caméras d’un plateau de cinéma. Convaincu par la productrice Denise Robert, il accepta de prêter ses traits au personnage de Dominic Fagazi, un parrain de la mafia, dans le film Omertà, sorti en 2012.

Voir à tout

Céline avec l’acteur américain 
Michael Douglas.
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Céline avec l’acteur américain Michael Douglas.

Avec un soin jaloux, René Angélil a toujours tenu à ajuster la mécanique de ses activités, qu’il soit question d’albums ou de spectacles. La nuit suivant la toute première représentation de Taking Chances en Afrique du Sud, par exemple, il ne s’est accordé qu’une seule heure de sommeil, afin de revoir la performance dans tous ses aspects. «Il faut toujours du temps avant qu’un spectacle soit à point, expliquait-il. Au Caesar Palace, à Las Vegas, il a fallu sept ou huit représentations avant que le tout soit parfait.»

Présent à presque chacun des spectacles de sa protégée, René Angélil voyait tout, écoutait tout et savait tout. Debout derrière la console, marchant dans le labyrinthe d’arrière-scène du Colosseum ou calé dans l’un des sièges de la salle, il avait cette faculté de remarquer les détails, d’entendre les critiques. Il mettait rapidement le doigt sur ce qui n’allait pas: une robe de la mauvaise couleur, une chanson ralentissant le rythme général.

Après l’un des premiers spectacles de Céline, marquant le retour de la chanteuse à Las Vegas en 2011, l’impresario a sondé les membres de son équipe. Chaque commentaire était soupesé comme si l’avenir professionnel de Céline en dépendait. C’était d’ailleurs l’une de ses grandes forces: ne rien prendre à la légère. Pour René Angélil, tout était question de travail, d’organisation et, surtout, de synchronisation.