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Les cols bleus contestent le jugement de la «crisse de folle»

Le syndicat estime trop élevée l'amende imposée par la juge que sa présidente a insultée

Le Syndicat des cols bleus de Montréal dit qu’une amende de 2 M$ pourrait l’empêcher d’offrir des services adéquats à tous ses membres.
Photo d'archives Le Syndicat des cols bleus de Montréal dit qu’une amende de 2 M$ pourrait l’empêcher d’offrir des services adéquats à tous ses membres.

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Les cols bleus de Montréal contestent la pénalité de 2 M$ imposée par une juge que leur présidente a traitée de «crisse de folle». Le syndicat prétend qu’il n’a pas les moyens de payer.

Le mois dernier, l’honorable Danielle Grenier a confirmé un jugement qu’elle avait déjà rendu en 2010 et qui obligeait le syndicat et la Ville à payer 2 millions $ en dommages punitifs à la suite d’un recours collectif intenté par des dizaines de Montréalais.

À ce montant s’ajoutait une somme de 600 000 $ devant être versée à ceux qui étaient tombés sur des trottoirs non salés après un débrayage des cols bleus en plein hiver en 2004.

Le dossier avait été rouvert, car la Montréalaise qui avait lancé le recours collectif, Grace Biondi, espérait que la juge Grenier augmente le montant punitif à 2,5 M$ à la suite du débrayage illégal de près de 2000 cols bleus en décembre dernier.

Si le syndicat a remporté la dernière manche contre Mme Biondi, la décision ne fait pas du tout son affaire.

Trop cher

Le syndicat dit que l’amende dépasse sa capacité de payer tout en continuant de travailler pour ses membres. La direction a tout de même déjà mis plus de 3 M$ de côté au cas où elle serait obligée de payer le plein montant.

Chantal Racette, présidente du syndicat
Photo Agence QMI, Michel Desbiens
Chantal Racette, présidente du syndicat

«Le montant de la condamnation constitue une [coupe] de 40 % du budget annuel, donc une [coupe] de 40 % dans les services aux membres, ce qui est susceptible de porter atteinte à la capacité du syndicat de [s’acquitter de] son obligation», peut-on lire dans la demande d’appel déposée par le syndicat.

De plus, les avocats avancent qu’une pénalité de 2 M$ dépasse largement la gravité de la faute commise en 2004. Ainsi, ils demandent que la Cour d’appel du Québec détermine un montant «raisonnable».

Le syndicat n’a pas voulu commenter.

Propos sévères

Dans son jugement, en janvier dernier, la juge Grenier a été sévère à l’égard du syndicat en disant que sa conduite «transgresse les règles élémentaires de la vie en société» et qu’il est d’une «insouciance regrettable».

Danielle Grenier, juge
Photo courtoisie
Danielle Grenier, juge

Réagissant à ces propos, la présidente du syndicat, Chantal Racette, a traité la juge de «crisse de folle» devant une assemblée de plus de 400 cols bleus à laquelle Le Journal assistait incognito.

Elle a également confié qu’elle avait parfois envie de «crisser un coup de batte dans le front» de son employeur lors de négociations plus ardues.

Plus de 1800 suspensions purgées

La Ville de Montréal n’a pas tardé à faire purger leur suspension aux cols bleus qui ont participé à la grève illégale du 8 décembre dernier: 1823 employés ont déjà terminé leur période de travail sans solde.

Selon les informations de la Ville, 179 employés n’ont toujours pas purgé leur peine, qui peut aller d’une semaine à un mois.

De plus, la présidente du syndicat, Chantal Racette, et les trois autres membres de la direction qui avaient écopé de peines de deux mois, ont fini de purger leurs suspensions respectives, indique le porte-parole Gonzalo Nunez.

Pas de report

La Commission des relations du travail (CRT) avait d’ailleurs rejeté en décembre dernier une demande du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui souhaitait que la suspension de ces membres soit reportée.

La direction du syndicat alléguait que l’absence de travailleurs entraînait des retards dans la collecte des déchets et dans des travaux d'asphaltage. De plus, elle avançait que les suspensions massives s’apparentaient à un lock-out.

«En dehors d’une grève légale, l’employeur gère les services à la population en tenant compte des aléas qui surviennent. Cela peut être, entre autres, une épidémie, des maladies, des bris d'équipements et des suspensions. C’est à lui à décider de l’allocation de ses ressources. Pour la Commission, la Ville utilise son droit de gérance en imposant des suspensions», avait indiqué la CRT à ce moment.

Le Syndicat des cols bleus s’oppose à la loi 15 sur les régimes de retraite ainsi qu’au pacte fiscal entre Québec et les municipalités, qui donnerait à celles-ci un plus grand pouvoir de négociation.