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Il y aura d’autres «petit Jérémy»

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La nouvelle émission La Voix Junior qui présentera des enfants de 7 à 14 ans qui chantent n’invente rien. Et aura, on peut le prédire aisément, un succès bœuf.

Des enfants qui chantent, des vedettes qui lancent les compliments et une masse assoiffée de variétés attendrissantes, et hop les cotes d’écoute abondent.

Je ne ferai pas partie de l’auditoire. Bien que, je m’en confesse, mes parents et moi affectionnions regarder un peu passivement L’École des fans à la télé française.

En 2016, tout a changé. TOUT.

Enfants-rois et Facebook

Ce genre de concours est annonciateur de dérapages, publics et privés.

Suis-je trop négatif?

Nous nageons, on le sait, en plein culte de «l’enfant-roi» et du «parent-valet» qui se sent trop souvent coupable de ses absences et de ses non-présences et qui est prêt à tout pour satisfaire les désirs et les aspirations de sa progéniture.

Quitte à l’exposer au Québec en entier, à la télé et à la une des magazines à potins. Dans ce même Québec dont la jeunesse évalue son estime d’elle-même au nombre de «J’aime» sur Facebook...

Aujourd’hui, le jugement des autres est trop souvent brutal, cruel, sans nuance. Un jugement «sur le banc», exécutoire.

C’est injuste? Totalement. Mais c’est la dure réalité.

Cette dépendance affective exacerbée de trop de nos jeunes, jumelée à une fragilité et une hypersensibilité aiguë, elle se passe dans une ère de célébration du «FAIL» .

Pensons à tous ces vidéos de chanteurs qui faussent, de skieurs qui se plantent et qui deviennent des antistars virales entre toutes.

D'autres «Jérémy»

Et c’est justement la viralité vide de toute cette bêtise globale qui m’amène à craindre les éventuels cas «Jérémy».

Certains de ces jeunes – malgré toute la bonne volonté et tout l’amour du monde – mangeront des baffes à intensité variable.

Car le vrai jury ne sera pas celui assis sur des fauteuils; ce seront plutôt les brutes épaisses et chacals de caniveaux qui crieront «Alea Jacta Est», le sort en est jeté!

Sauvagement arbitraire

Et c’est à ces moments précis que certains petits roitelets à nœuds papillon, peu équipés pour affronter le rejet, la critique et la méchanceté, pourraient basculer.

Mais le vrai – et pire – spectacle, au fond, ce sera celui offert par ces pathétiques parents, salivant béatement en espérant goûter au succès par procuration grâce à Maxime 7 ans, Léa 11 ans ou Élodie 14 ans.

«Moi je chantais faux, mon gars, lui, il chante bien! Moi je dansais comme un pied, ma fille, elle, elle l’a le pas!»

«Regardez mon enfant-roi comme il est plus parfait que le tien!»

«Je l’ai filmé ici, et là, et là aussi, et il connaîtra le succès instantané.»

Désolé de paraître quétaine, mais pour moi, la valeur à transmettre entre toutes, ce n’est pas la glorification des étoiles filantes, mais plutôt l’assiduité et l’ardeur sur le métier.

Mais qui suis-je pour juger?

L’émission devrait être un hit.

Et peut-être, à bien y penser, qu’elle pourrait constituer un atterrissage abrupt dans le monde des contrariétés et un réveil salutaire pour certains enfants-rois.

N’avions-nous pas appris à nager en eaux profondes?