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Votre mission, si vous l’acceptez...

Votre mission, si vous l’acceptez...
DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QU

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Cher Monsieur Proulx,

Bienvenue au ministère de l’Éducation! J’espère que vous vous y sentirez bien et que vous y resterez le plus longtemps possible, c’est un ministère qui a besoin qu’on le chouchoute plus longtemps qu’une aventure de quelques soirs.

Votre patron, Philippe Couillard, vous fait visiblement fortement confiance: alors que vous n’avez que quelques semaines d’expérience comme ministre, il vous confie l’un des ministères les plus importants du Québec.

Vous n’êtes malheureusement pas issu du monde de l’éducation, mais je suis sûre que vous pouvez faire de votre mieux.

Malheureusement, être allé à l’école ne fait de personne un spécialiste de l’éducation, de la pédagogie, de la didactique ou de la gestion de l’éducation.

Vous connaissez un peu l’école puisqu’elle fait partie de votre réalité: vous y avez des enfants. Ils fréquentent d’ailleurs l’école privée, évidemment, ça a fait la une des journaux, il fallait vous y attendre.

Si vous envoyez vos enfants au privé, c’est probablement que vous ne faites pas confiance au système public, vous considérez peut-être qu’il n’est pas assez bon pour vos enfants, qu’ils trouveront mieux ailleurs.

Vous n’avez pas nécessairement tort.

C’est l’attitude générale d’ailleurs, mais l’objectif, ce ne serait pas de faire de l’école publique une école qu’on ne voudrait pas fuir dès qu’on en a la possibilité?

J’espère que vous en visiterez d’ailleurs plus souvent que ceux qui vous ont précédé, quoiqu’avec deux ministères, vous n’aurez peut-être pas le temps... quelle idée, d’ailleurs, de confier la responsabilité de deux ministères à un ministre lorsque l’un de ceux-ci est l’éducation, et ce, même si on l’a cette semaine scindé en deux.

Lorsque vous visiterez ces écoles, et constaterez l’état de celles-ci, vous serez probablement soulagé que vos enfants n’y soient pas.

Je ne me plains pas de l’école publique. J’y enseigne, j’en suis issue et j’en suis bien fière. Je ne m’en suis pas si mal sortie. Si un jour j’ai des enfants, ils la fréquenteront assurément.

J’entends par contre que vous êtes un jeune ministre ambitieux. J’ai donc un défi pour vous. Votre mission, si vous l’acceptez, sera de faire en sorte que l’éducation publique n’ait plus la réputation d’être un vieux rafiot rouillé duquel seulement quelques chanceux se sauvent en canot de sauvetage.

Votre défi, c’est de faire de ce bateau chambranlant qu’est l’éducation un paquebot majestueux, qui mènera tout le monde à bon port; transformer nos écoles.

Comment? Évidemment, en donnant plus d’autonomie aux écoles, mais aussi en écoutant les acteurs du milieu: les dirigeants d’école ont d’excellentes idées, les enseignants en ont aussi. Écoutez les gens du terrain. Si possible, ne tendez pas trop l’oreille aux technocrates de votre ministère, ils sont très souvent déconnectés, imperméables et sourds aux besoins et réalités du terrain.

Investissez dans nos écoles, mais aussi dans la formation de nos maîtres. Non seulement dans les universités, mais aussi dans la formation continue. Est-ce normal que nous n’ayons pratiquement pas les moyens de former nos enseignants tout au long de leur carrière?

Ne voudriez-vous pas faire de l’école publique une école qui serait digne de vos enfants? De vos collègues? Des enfants de ceux qui vous succéderont?

Vous devriez accepter mon défi, non seulement il est intéressant, mais il est aussi à la hauteur des hommes qui veulent laisser leurs marques.

Que ferez-vous pour l’éducation, Monsieur Proulx?