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La bataille des centres commerciaux

Jean Landry, vice president des centres commerciaux, Place Saint
Photos Pascal Huot et Didier Debusschère Jean Landry, vice-président centres commerciaux pour le Québec chez Ivanhoé Cambridge, et Serge Rossignol (en mortaise), directeur général des Galeries de la Capitale, prévoient des changements majeurs au cours des prochains mois dans les principaux centres commerciaux de la région de Québec.

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Avec le commerce en ligne et une clientèle de plus en plus avisée et exigeante, même les centres commerciaux de Québec, considérée comme la capitale du magasinage, doivent rivaliser d’imagination — et d’investissements — pour demeurer attractifs.

Il suffit d’une petite virée pour constater rapidement que les millions pleuvent afin de moderniser les centres commerciaux dans la région.

À Place Sainte-Foy, Ivanhoé Cambridge a rendu public en 2015 un investissement de 50 M$ pour accueillir de nouvelles bannières, réaménager l’aire de restauration et bonifier l’offre au niveau des restaurants avec services aux tables. La même entreprise possède aussi Laurier Québec, où elle injectera 18 M$ pour revamper l’aire de restauration et l’ajout de bannières.

Et ce n’est qu’une première étape, avise Jean Landry, vice-président centres commerciaux pour le Québec chez Ivanhoé Cambridge. «Il y aura d’autres annonces au moment opportun», dit-il.

Du côté des Galeries de la Capitale, des investissements records de 90 M$ ont été annoncés par le Groupe Oxford, dont 50 M$ en 2014 pour réaménager l’aire de restauration. On entreprendra sous peu, pour 40 M$, la rénovation des espaces communs et la réfection de toutes les entrées extérieures. Une troisième phase est prévue, pour un total de 200 M$. «On veut offrir une expérience client, avec une nouvelle atmosphère, et ça commence à partir du coin de la rue», explique Serge Rossignol, directeur général, énumérant les principaux éléments qui seront repensés: accès extérieur, réaménagements de divers espaces, éclairage, plafonds.

À ces enveloppes s’ajoutent la prolongation des heures d’ouverture les soirs de semaine, stratégie visant à contrer le commerce en ligne, et qui a permis d’augmenter l’achalandage de 30 % du lundi au mercredi. Puis, on est toujours à l’étude au niveau du Méga Parc. Toutes les possibilités sont envisagées, dont celles de revamper certains manèges, et d’en ajouter, dans l’optique où le fait d’offrir magasinage, restauration et divertissement sous un même toit représente un bel avantage concurrentiel, évoque M. Rossignol.

Relation unique

Tant pour M. Landry que pour M. Rossignol, il est clair que la relation des gens de Québec avec les centres commerciaux est unique. Les centres commerciaux représentent des acteurs économiques importants et chacune de leur activité est médiatisée, réalité absente dans d’autres villes canadiennes.

«On serait bien menteurs de vous dire que le commerce en ligne n’a pas d’impact sur le commerce au détail traditionnel, confie M. Landry, mais à mon avis, et c’est partagé par beaucoup, il y a des profils de produits qui s’achètent bien en ligne, et d’autres non.»

Dans ce contexte, le rôle des propriétaires des centres commerciaux consiste à attirer les détaillants les plus aguerris, qui offrent les produits de consommation les plus tendance, et qui sont en mesure de se renouveler. C’est ce que M. Landry appelle l’expérience de magasinage renouvelée, ce qui ne peut se réaliser sans l’apport des détaillants eux-mêmes, qui doivent investir aussi pour mettre en valeur leurs collections, et aussi aller chercher des employés qui sont très aguerris et bien informés.

L’une des tendances consiste à offrir une interaction digitale en magasin, à l’aide d’écrans tactiles qui permettent de voir les collections en boutique, mais aussi les accessoires qui s’y agencent, grâce à des alliances stratégiques entre détaillants. «On est dans les balbutiements», note M. Landry.

Nouvelles technologies

L’enjeu majeur des centres commerciaux, qui passe même devant l’amélioration du design, tient justement dans l’appropriation des nouvelles technologies, affirme Léopold Turgeon, PDG du Conseil québécois du commerce de détail. «Être en ligne, c’est un complément avec ton “brique et mortier”, et il n’y a plus de raison de ne plus y être, car cela n’implique plus d’investissements majeurs. À ce chapitre, les centres commerciaux doivent travailler avec les détaillants, et investir pour les aider. «Il faut que le centre commercial travaille avec sa communauté, plaide-t-il, et arrête de regarder ses locateurs comme des pourvoyeurs de loyers.»

Catégorique, M. Turgeon ne croit pas à la disparition du magasinage en personne. Les gens aiment magasiner, voir, toucher, et c’est là pour rester.

Commerce de détail en 2015 (comparé à 2014)

  • Ventes totalisant 109,1 milliards $ en 2015 au Québec, en hausse de 0,9 %
  • Diminution de 4,8 % des ventes dans les magasins offrant des gammes spécialisées de marchandises
  • Magasins de vêtements: augmentation de 6 %
  • Bijouteries, magasins de chaussures et d’accessoires vestimentaires: augmentation de 6,3 %
  • Librairies, articles de sport, de passe-temps et de musique: diminution de 0,7 %

*Source: Conseil québécois du commerce de détail