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Cuisine de rue: les restaurateurs de Québec ne déchirent pas leurs chemises

Jean-Luc Boulay
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE Jean-Luc Boulay

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Dans le débat sur la cuisine de rue, les restaurateurs expriment une certaine inquiétude et une volonté que ces concurrents potentiels soient encadrés, mais aucun des six chefs ou propriétaires avec qui le Journal s’est entretenu, vendredi matin, n’a déchiré sa chemise pour s’y opposer.

Le chef du Saint-Amour, Jean-Luc Boulay, est probablement celui, dans le lot, qui s’oppose le plus vigoureusement. «On paie des taxes, c’est épouvantable en restauration. On en arrache assez comme ça, il ne faut pas en rajouter», s’est-il inquiété, en ajoutant que la flambée des prix des aliments, récemment, s’ajoutait à leur fardeau. De toute façon, dit-il, «à Québec, y’a énormément de restos, y’en a un pour 350 personnes! Si on ajoute en plus la cuisine de rue... On a de la misère à faire 20 clients le midi!»

Il serait cependant ouvert à voir des food trucks «dans les coins où il n’y a pas de restos aux alentours».

En effet, tous les restaurateurs interrogés ne verraient pas de problèmes si les camions-restaurants s’installaient dans des zones définies où ils ne leur livreraient pas de concurrence directe, comme à la baie de Beauport, sur la Promenade Samuel-De Champlain ou dans les parcs industriels.

Jean-François Girard, chef de l’Échaudé, va dans le même sens. Et encore, il n’est pas convaincu qu’un camion stationné dans son secteur lui ferait du mal.

«Vous savez, on a notre créneau... Je ne suis pas convaincu que ça viendrait en compétition directe avec ce que l’Échaudé peut offrir. Un restaurant, ce n’est pas juste de la nourriture, c’est une expérience, une qualité, du personnel en salle, c’est un tout.» Il ajoute : «On est dans un pays libre. Y’a des restos qui ouvrent, qui ferment et je ne commencerai pas à déchirer ma chemise s’il y a de nouveaux restos. Il y a toujours eu de la compétition, et y’en aura toujours.»

La restauration de rue n’intéresse pas du tout le Laurie Raphaël, indique la copropriétaire Suzanne Gagnon. Et elle doute que ce soit viable à Québec. «Je nous trouve petits pour ça à Québec, mais c’est possible. Peut-être, dans des conditions très structurées.»

Au 47e parallèle, le chef propriétaire Joseph Sarrazin exprime aussi des réserves.

«Si quelqu’un vient se mettre devant le Grand Théâtre avant un spectacle et que les gens ne viennent plus au resto, ça me nuit et pour ça, non, je ne suis pas d’accord.» Il voit mal comment autoriser les food trucks au centre-ville sans qu’ils ne nuisent grandement aux restos, particulièrement le midi, alors qu’il est plus tentant de manger dehors, sur le pouce. Mais il ne s’oppose pas complètement.

«Les autoriser, oui, je ne suis pas contre ça, sauf que ça devrait être à des endroits où ils ne nuisent pas aux restaurants.»

Mathieu Brisson, chef propriétaire du Cloché penché voit un parallèle avec Uber.

«S’ils paient leurs taxes, après ça c’est de la compétition saine. Ça ou un autre resto, ça reste de la compétition, mais il faut que les règles soient les mêmes.»

Mais il doute toutefois de leur pertinence. Il prend l’exemple de la rue Saint-Joseph, où il y a déjà «huit endroits où acheter un sandwich». Il se demande pourquoi un neuvième serait nécessaire, même s’il est sur quatre roues. Mais si c’est ce que les gens veulent, dit-il, «tant mieux».

Le Panache sort souvent son «Panache mobile» pendant l’été. Louis Pacquelin n’a donc rien contre le principe. Surtout qu’en été, affirme-t-il, il y a de la place pour tout le monde. Plusieurs endroits comme l’Île-d’Orléans ou la promenade Samuel-De Champlain se prêtent très bien à ce commerce.

Mais il soulève deux bémols. Il est d’avis que les camions n’ont pas leur place dans le Vieux-Québec, car ça «abime la beauté et la magie des lieux». L’autre, c’est à l’égard de l’impact que la cuisine de rue peut avoir sur la gastronomie québécoise. «Il faut que ça reste de beaux produits. Faut pas en arriver à de la malnutrition mécanique.»

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