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L’abcès

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La nouvelle des arrestations de l’UPAC cette semaine m’a procuré une douce source de contentement, je l’avoue.

Comme contribuables, c’est une réconciliation avec la justice en quelque sorte.

Trop souvent, je me suis senti trahi et surtout impuissant devant ce défilement de peines bonbons, méga procès annulés, ententes hors cour, libérations conditionnelles discutables et «deals» entre défense et Couronne.

Pas des «NO-NAME»

Une embellie était déjà apparue dans ma désillusion quand notre ancienne vice-reine est passée derrière les barreaux d’Orsainville en fauteuil roulant.

Et là, l’UPAC qui amène une ancienne vice-première ministre au poste de police, c’est le comble!

D’un trait, je me suis dit que pour une fois, l’UPAC n’arrête pas seulement des «no-name» de firmes informatiques minables d’un quelconque parc industriel.

Laissons le processus suivre son cours, on ne connaît pas la preuve encore.

Notre seule certitude pour l’heure, c’est que nous serons témoins d’une parade de toges, avec un festival de remises, détails et requêtes. Les avocats vont passer à go et réclamer, cassez-vous pas la tête.

Rappel sympathique: la commission Charbonneau a payé près de 14 M$ juste en... frais d’avocats!

Faire comparaître Lachance

Ce qu’il est convenu d’appeler l’Affaire Normandeau ne devrait pas se limiter à la seule arène légale.

La réponse du premier ministre Philippe Couillard, jeudi, était un peu trop courte. Comme si l’ancien PLQ avait fait faillite et que l’actuelle formation politique était un tout nouveau magasin, construit sur un terrain décontaminé, avec un nouveau branding. Oui, les règles de financement ont changé, mais cela ne justifie pas la passivité pour autant. Il est inadmissible qu’un individu comme l’ex-commissaire de la commission Charbonneau, Renaud Lachance, puisse s’en tirer de cette manière, et qu’un Parlement moderne puisse être émasculé à ce point qu’il soit impuissant à le contraindre à répondre!

Lachance a empoché 1,4 M$ en salaire, pour quoi au juste, à part avoir agi comme frein de luxe au zèle de l’ex-juge Charbonneau? Les parlementaires doivent faire front commun et utiliser tous les moyens à leur disposition afin de l’assigner à témoigner, afin de vider l’abcès.

«Pourquoi avez-vous protégé l’ex-chef de cabinet de Nathalie Normandeau, Bruno Lortie?» «Quelqu’un a fait des pressions sur vous?» «Pourquoi vous êtes-vous dissocié de la conclusion du rapport de la commission sur le financement politique, alors que l’UPAC et ses procureurs concluent le contraire?»

Lachance n’a plus de charge publique et le principe de la séparation des pouvoirs ne s’applique pas.

Mais je pousse plus loin encore: une commission spéciale devrait avoir le pouvoir de convoquer les enquêteurs de la défunte commission, quitte à leur procurer une immunité. Afin que justice soit rendue. Parce qu’au bout du compte, justice sera-t-elle vraiment rendue? La satisfaction issue de l’arrestation risque de demeurer succincte. La preuve s’annonce lourde et abondante. Un labyrinthe d’une complexité inouïe de procédures et de requêtes. Et des accusés qui vont se débattre comme des diables dans l’eau bénite. La Couronne voudra peut-être procéder en bloc et les accusés voudront se dissocier.

Bref, des heures, des mois, des années de plaisir... tout en gardant en tête que le procès de l’ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt, qui avait été arrêté par l’UPAC en mai 2013, est prévu pour... septembre 2017.