/news/education
Navigation

Politique transgenre peu populaire

Plusieurs commissions scolaires hésitent à permettre aux élèves d’utiliser les vestiaires de leur choix

Patrick Verret, qui s’est autrefois appelé Manon, craint que les nouvelles directives de la CSDM accentuent l’intimidation à l’endroit des enfants transgenres.
Photo chantal poirier Patrick Verret, qui s’est autrefois appelé Manon, craint que les nouvelles directives de la CSDM accentuent l’intimidation à l’endroit des enfants transgenres.

Coup d'oeil sur cet article

Très peu de commissions scolaires au Québec sont ouvertes à l’idée d’offrir davantage de services aux élèves transgenres, comme propose de le faire la CSDM.

Mardi, on apprenait que la Commission scolaire de Montréal allait sous peu permettre aux enfants transgenres de choisir la toilette ou le vestiaire de leur choix, selon­­ le sexe auquel ils s’identifient.

La CSDM veut aussi mettre en place une foule d’autres mesures pour faciliter l’intégration de ces élèves.

Or, sur une quarantaine de commissions scolaires contactées par Le Journal, seulement trois ont affirmé vouloir suivre la voie tracée par la CSDM.

Critiquée pour avoir refusé à un élève de 16 ans de porter des vêtements féminins l’an dernier, la Commission scolaire Rivière-du-Nord a affirmé qu’une telle politique n’était pas sur son «radar».

«Nous traitons toutefois les cas à la pièce en tout respect des droits des individus», dit la porte-parole Nadyne Brochu.

Montréal «différente»

«Pour le moment, nous ne voyons tout simplement pas la nécessité d’une telle politique­­. Montréal a une réalité bien différente de la nôtre», a aussi commenté la Commission scolaire De La Jonquière.

Celle-ci n’aurait eu qu’un seul élève ouvertement transgenre dans ses rangs au cours des dernières années.

«Nous n’avons pas de politique et nous ne ressentons pas le besoin d’aller plus loin», a indiqué Gina Guillemette de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, sur l’île de Montréal et deuxième en importance au Québec.

Seule la Commission scolaire des Hautes-Rivières, en Montérégie, a affirmé vouloir mettre en place des directives semblables d’ici la fin de l’année scolaire. Les commissions scolaires English-Montréal et Marie-Victorin y songent également.

Profs inquiets

Du côté de la CSDM, on affirme que ces mesures, qui devraient être adoptées officiellement mercredi soir, font quasiment l’unanimité. Deux anciens élèves transgenres se seraient manifestés mardi pour féliciter la commission scolaire.

Les enseignants, eux, demeurent sur leurs gardes.

«C’est une bonne nouvelle. Mais je crois que la CSDM devrait s’engager à informer davantage les profs sur cette question. Ce n’est pas à eux de se débrouiller avec ça et de gérer les questions que les parents se poseront», déclare la porte-parole de l’Alliance des professeurs, Frédérique Lecourt.

«Pas une bonne idée», affirme un intersexué

Les nouvelles mesures de la CSDM pourraient amplifier l’intimidation à l’endroit des jeunes transgenres, affirme un homme qui a subi une opération de changement de sexe.

«Je ne pense pas que la population est prête à ça. J’ai peur qu’il y ait des abus et qu’on s’en prenne aux jeunes transgenres», s’inquiète Patrick Verret.

L’homme de 57 ans était autrefois intersexué. Il possédait à la fois des attributs féminins et masculins à la naissance. Né sous le nom de Manon, il a commencé à assumer pleinement son identité masculine à 20 ans et a subi «la grande opération» à 38 ans.

Il parle maintenant de Manon, son ancienne identité, à la troisième personne.

L’enfer à l’école

M. Verret affirme avoir été intimidé et brutalisé tout au long de son parcours scolaire en raison de son identité sexuelle. Repli sur soi, tentatives de suicide, l’homme a vécu un vrai cauchemar.

«Manon, elle a vécu l’homophobie. Ça a été très dur. Je crains que les mentalités n’aient pas encore vraiment changé. C’est bien ce que fait la CSDM. Mais les jeunes, les parents, sont-ils prêts?»

«Comment des adolescents pleins de testostérone vont-ils réagir avec un transgenre dans leur vestiaire? C’est risqué», ajoute M. Verret.

Néanmoins, ce dernier salue l’idée qu’on laisse les enfants transgenres choisir le prénom de leur choix.

«Enfant, ça m’aurait tellement rendu heureux. Je suis encore flatté chaque fois qu’on m’appelle monsieur. Je suis loin d’être contre le progrès. J’ai juste peur pour la sécurité des jeunes trans.»