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Deux budgets difficiles pour les mieux nantis

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Rien ne se perd, rien ne se crée. Pour donner un répit aux familles pauvres et de la classe moyenne, Ottawa et Québec ont dû prendre l’argent quelque part. Et ce quelque part, c’est en grande partie dans les poches des familles plus aisées.
 
Si votre famille gagne plus de 140 000 $, vous êtes probablement de moins bonne humeur, au lendemain de ce budget fédéral, que si votre ménage déclare des revenus de 90 000 $.
 
En effet, plusieurs mesures qui entrent en vigueur cette année ou qui viennent d’être annoncées viendront chercher plusieurs dollars dans les poches des familles mieux nanties.
 
Le Journal a demandé au fiscaliste Jean-François Thuot, associé fiscalité chez Raymond Chabot Grant Thornton de calculer l’impact financier réel qu’ont ces nouvelles mesures sur une famille.

Le résultat? Un ménage de deux jeunes enfants dont les revenus s’élèvent à 270 000 $ (250 000 $ pour l’un et 20 000 $ pour l’autre) devra payer 10 762 $ de plus en impôts cette année. Pour le plus haut salaire, c’est une augmentation de 3,28 % du taux marginal d’imposition.
 
«C’est clair que la cible avait été bien identifiée», commente Jean-Pierre Poulin, le collègue de M. Thuot. Mais cette fois, il est plus difficile de bouder et de menacer de déménager, puisque les mesures les plus difficiles à avaler pour eux viennent du fédéral.
 
On ne peut pas présenter les mieux nantis comme des victimes, reconnaît M. Poulin, puisque ce sont les «privilégiés» de la société. «La plupart d’entre eux reconnaissent qu’il est normal qu’ils paient plus d’impôt.» La question est de savoir où se situe leur seuil de tolérance, et il est encore tôt pour mesurer les réactions de ces familles. «Mais un moment donné, poursuit-il, il faut que ça arrête. Ces gens-là font déjà leur part.»
 
Voici les mesures qui ont le plus d’impact sur les portefeuilles de ces familles, avec le montant qu’elles représentent dans notre exemple.
 
Une allocation pour enfants moins généreuse

Le gouvernement libéral annule trois programmes d’aide aux familles pour les remplacer par un programme plus simple et plus généreux pour la classe moyenne. L’un des programmes annulés, la Prestation universelle pour garde d’enfants (PUGE), garantissait cependant 160 $ par mois pour un enfant de moins de 6 ans, peu importe le revenu familial. Dorénavant, passé le seuil de 140 000 $, la nouvelle allocation devient moins généreuse que l’ancien système. Et elle disparaît complètement pour les familles qui gagnent environ 190 000 $.
 
-> Dans notre exemple, la perte nette est de 2746 $
 
Modulation des tarifs de CPE (annoncé l'an dernier, à payer cette année)

Les familles qui préparent leurs déclarations de revenus voilent l’impact très clairement ces jours-ci. En effet, les tarifs en service de garde ne sont plus de 7,30 $ par jour pour tous. À partir de cette année, sur leurs déclarations de revenus, les familles qui gagnent plus de 76 000 $ voient leur contribution augmenter de façon significative. À partir de 159 000, c’est presque trois fois le prix, soit 20 $ par jour.
 
-> Dans notre exemple, la contribution supplémentaire nette est de 4488 $
 
Annulation du fractionnement du revenu

Les retraités en profitent toujours, mais les familles n’y ont eu droit que pendant un an. Le fractionnement du revenu permettait au conjoint qui gagne moins d’inscrire sur sa déclaration une partie des revenus de son acolyte plus fortuné, pour ainsi profiter d’un palier d’imposition inférieur.
 
-> Dans notre exemple, le coût net de cette mesure est de 1670 $.
 
Hausse d’impôt au fédéral

À la fin de 2015, Justin Trudeau a annoncé des «baisses d’impôts» qui, pour les mieux nantis, se traduisent par des hausses. Dans ce cas-ci, le dernier palier d’imposition, celui qui s’applique aux revenus qui dépassent 200 000 $, a été haussé de 4% (de 29% à 33%).
 
-> Dans notre exemple, l’impôt additionnel net à payer est de 1670 $
 
Crédit d’impôt pour activités sportives et artistiques

Ce crédit d’impôt pouvait atteindre 225 $ par année. Beaucoup de familles qui ont des revenus modestes ne paient pas d’impôts et ne profitaient donc pas de ce crédit.
 
-> Dans notre exemple, la perte nette s’élève à 188 $.
 
Maintien de la taxe santé

Si la taxe santé est abolie ou diminue à partir de cette année pour la majorité des contribuables, ce n’est pas le cas pour les mieux nantis. Les contribuables qui gagnent plus de 155 000 $ paient encore et toujours 1000 $ annuellement. Le gouvernement Couillard prévoit l’éliminer complètement, progressivement, en commençant pour les contribuables les plus pauvres, si bien que les plus riches seront les derniers à en être exonérés. Ils paieront 200 $ pour la dernière année, soit 2018.