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France: violences lors de manifestations étudiantes contre la «loi travail»

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Photo AFP

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PARIS |  Des manifestations étudiantes contre une réforme du droit du travail ont dégénéré jeudi en France avec des violences qui se sont soldées par plus d’une trentaine d’arrestations, contrariant l’espoir d’un apaisement social pour le dernier grand chantier du président François Hollande.

À Paris et Nantes, les forces de l’ordre ont répliqué à des jets de projectiles en faisant usage de gaz lacrymogène pour disperser des jeunes, dont certains étaient cagoulés.

Les manifestations ont réuni quelque 43 000 personnes dans toute la France, dont environ 5000 à Paris, selon les autorités qui ont fait état d’au moins trois policiers blessés.

Deux voitures ont été incendiées dans la capitale tandis qu’à Nantes du mobilier urbain était incendié ou dégradé. Des incidents se sont également produits à Rouen.

La «police des polices» a aussi ouvert une enquête après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant un policier assénant un coup de poing à un jeune homme.

Depuis début mars, des centaines de milliers de personnes se sont déjà mobilisées lors de journées d’action contre ce texte censé aider à endiguer un chômage record (3,5 millions de personnes, plus de 10%), avalisé dans la matinée par le Conseil des ministres.

«Je suis là pour dénoncer le symptôme d’une évolution néolibéraliste de la société», explique Mathieu, 27 ans, à Paris. «Il y a une crise financière, ils décident d’une austérité et ensuite ils ajustent les salaires et le droit du travail: c’est une orientation de la société que je refuse».

Des dizaines de lycées en France et l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences-Po) ont été bloqués.

«Loi travail, loi du capital», «Luttes sociales grève générale», scandaient notamment les manifestants. À Marseille, des lycéens avaient écrit sur une banderole: «Un grand bond en avant vers le 19e siècle».

L'exécutif socialiste recule

À un an de la présidentielle, la crainte d’un mouvement de fronde massif a incité l’exécutif socialiste à reculer sur les points les plus controversés du projet, d’inspiration libérale.

Mais sept syndicats et des organisations de jeunes ne se satisfont pas des amendements apportés et continuent de réclamer son retrait.

À l’opposé, le patronat juge que la version remaniée du texte n’est «pas acceptable en l’état» depuis qu’il a été expurgé de mesures favorables aux entreprises.

Après deux tournants contestés, libéral puis sécuritaire, le président français François Hollande est de nouveau confronté à l’hostilité d’une partie de son camp et risque de voir son assise à gauche se réduire encore à l’approche de la présidentielle de 2017.

Très impopulaire, M. Hollande a conditionné sa possible candidature à un second mandat à un recul du chômage, qui a atteint un nouveau record en février.

Création d'emploi

Le texte de la «Loi Travail» met en place le référendum en entreprise, fait évoluer les règles de la représentativité patronale et du licenciement économique.

L’exécutif socialiste, très attentif aux mouvements de jeunes qui dans le passé ont pu s’installer dans la durée ou déraper dans la violence, a reculé sur les mesures cristallisant la colère: il n’est ainsi plus question de plafonner les indemnités pour les licenciements abusifs, au grand dam du patronat.

Les frondeurs de l’aile gauche du Parti socialiste, qui promettent «une bataille parlementaire extrêmement ferme», viennent de leur côté de présenter une «contre-réforme», le projet actuel étant rejeté par 58% des Français selon un sondage récent.

Les syndicats «contestataires» tenants d’une ligne dure, comme la CGT ou FO, et les organisations étudiantes et lycéennes réclament toujours l’abandon pur et simple d’un texte qui «continue à diminuer les droits des salariés» et «à accroître la précarité, notamment des jeunes».

Pour compliquer davantage la tâche du gouvernement, si le patronat semblait acquis à la version initiale, il critique vertement la nouvelle: sept organisations ont lancé mardi un «appel solennel» au Premier ministre Manuel Valls afin que le texte «retrouve son objectif d’origine: créer de l’emploi».