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Je lisais le plus récent Stephen King quand ça m’a frappé. J’adore Stephen King, c’est l’un des meilleurs raconteurs d’histoire de la planète! Mais, comme tout le monde, il ne peut pas être TOUJOURS excellent. Parfois il est juste... compétent, disons.

Selon moi, font partie de cette dernière catégorie les cinq plus récents romans de King, parus en traduction française chez Albin Michel: 22/11/63, Docteur Sleep, Joyland, Mr Mercedes et Revival. Des romans... compétents, pas désagréables à lire, et qui font passer le temps, mais qui ne nous marquent pas.

À ceux-là, il faudra désormais ajouter un sixième, Carnets noirs, dont le thème avait tout pour me plaire. Un écrivain caché depuis longtemps du monde se fait assassiner et voler une centaine de carnets contenant romans et poèmes, dont la suite d’une série romanesque mythique et populaire. Le thème du romancier et de son œuvre revient souvent chez King. Misery en est le meilleur exemple. Mais ce n’est pas vraiment d’écriture dont il est question ici, ni vraiment de lecture, bien que deux personnages principaux nous sont présentés comme de grands lecteurs.

Confusion

Il s’agit d’un roman de la veine «réaliste» de King. Pas de surnaturel, pas d’horreur. Mais une série de coïncidences qui apparaissent un peu forcées, et des crimes, et l’appât du gain bien de chez nous.

Bref, pas un grand cru. Une honnête piquette. Mais ce n’est pas ça qui m’a intrigué.

Carnets noirs met en scène certains personnages découverts dans Mr Mercedes. Or, ­bonyenne, j’ai beau fouiller ma mémoire, je ne me souviens plus d’eux. Je me souviens d’avoir lu Mr Mercedes. Je me souviens d’avoir pensé que c’était moyen. Je me souviens de l’anecdote principale, mais des personnages, il ne me reste que quelques silhouettes floues. Les personnages de Mr Mercedes ne m’ont pas marqué, et les retrouver dans Carnets noirs ne fait qu’augmenter mon sentiment de confusion.

Docteur, suis-je Alzheimer? Je me souviens pourtant par cœur de la première page de Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez, et je peux encore vous dire ce qu’était la première ligne du second tome de L’Idiot de Dostoievski dans une édition des années 50 aux pages non coupées, trouvées dans les affaires de mes parents voilà 40 ans: «On se plaint à tout moment que nous manquions de gens pratiques.»

Et je me souviendrai jusqu’à la fin de mes jours des premières pages de L’Écriture ou la vie, de Jorge Semprun. Écrit près de 50 ans après sa libération du camp de concentration de Buchenwald, Semprun tente de nous faire ressentir l’horreur des camps et la ­difficulté de l’évoquer. C’est un immense livre. Marquant, oui. Ses images m’habitent, m’habiteront toujours...

Non, je ne suis pas Alzheimer. Si je ne me souviens pas de Mr Mercedes, c’est qu’il n’était pas marquant. Et Carnets noirs ne l’est pas plus. C’est du pur divertissement. Les lire, c’est ­passer le temps agréablement, sans plus. C’est pas mal, mais ce n’est pas bien non plus. C’est... rien.

Le divertissement, comment dire, ça laisse un vide que rien ne pourra jamais combler.