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Ici Radio-Justin

Ici Radio-Justin
Photo REUTERS

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Justin Trudeau est reconnaissant et ça, c’est toute une qualité.

Dans les faits, Trudeau livre à Radio-Canada ce qu’il lui a promis. 75 M$ dès cette année et de belles grosses enveloppes supplémentaires de 150 M$ de plus chaque année du mandat. Et cela par-dessus le milliard de dollars livré automatiquement, annuellement! Pouf. Sans aucun contrôle ni exigence de rendement. Mais on s’en fout, cela constitue un retour d’ascenseur pour service rendu.

LA DERNIÈRE CAMPAGNE

Pour bien comprendre, il faut revenir à la campagne électorale. La campagne pour un plus important financement de Radio-Canada était menée par le groupe «Les amis de Radio-Canada».

Un noyau de fans et de syndicalistes militants pour «défendre la pertinence et la qualité de Radio-Canada comme un service public essentiel», mais dont le moteur est le Syndicat des communications de Radio-Canada, affilié... à la CSN.

Le logo est bien en évidence sur le site et Facebook, tout comme les vidéos d’appui de Gabriel Nadeau-Dubois et de Pauline Marois... On oublie vite, hein?

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, l’avait dit clairement en début de campagne: le but de la centrale était de détruire Harper. «Peu de gouvernements ont causé autant de tort que celui de Harper», avait-il écrit. Bien que les conservateurs étaient usés par le pouvoir, l’énorme tintamarre syndical est loin d’avoir nui à la victoire des libéraux.

LES PRIVÉS OUTRÉS

Les diffuseurs privés ont raison d’être outrés de la pluie de millions qui tombe sur Radio-Canada. Ils deviennent encore plus des boxeurs aux mains liées, dans le ring. Les TVA et V de ce monde sont impliqués dans une concurrence déloyale sur l’achat de séries internationales, de documentaires et sur les cachets à payer aux vedettes. Radio-Canada, tout en s’abreuvant à la mamelle de l’État, grignote dans la tarte publicitaire qui flétrit à vue d’œil, fragilisée par la montée des nouveaux médias.

Le président de Serdy, Sébastien Arsenault, est scandalisé: «RC se comporte comme un joueur privé depuis des années.»

Serdy perd du personnel aux mains de RC, qui leur offre des avantages tout garnis. «Je perds certains de mes meilleurs employés.» À la radio aussi, RC est gras dur: pour des émissions de deux heures, des génériques de 12 personnes et plus sont fréquents alors qu’à la radio privée, je peux témoigner que certaines émissions d’information d’une durée de quatre heures sont entièrement réalisées par... quatre personnes!

Et on continue de pécher par arrogance: au cours des derniers jours, Radio-Canada a stationné une équipe à Cuba pendant... un mois (!) pour couvrir «les transformations sociales»...

La CBC a lancé quant à elle une application de musique à volonté, gratis, avec nos taxes! En deux minutes de balayage, j’y ai entendu plein de bon contenu canadien (le mandat du diffuseur public), comme les Carpenters, The Cult, Nirvana, les Stones et Pink Floyd...

De la grosse concurrence déloyale envers les privés Sirius XM et Stingray.

Mais ça dérange qui, au fond? C’est la joie dans la tour! Même le PDG Hubert Lacroix n’a pu s’empêcher de faire la génuflexion au gouvernement en plein RDI!

Le diffuseur public, qui se targue d’être indépendant, a même publié un communiqué pour exprimer «sa reconnaissance envers le gouvernement fédéral».

Le département de linguistique de la Société a dû oublier de réviser le communiqué. Selon le Larousse, la «reconnaissance» est un «sentiment qui incite à se considérer comme redevable»...