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Il faisait partie de notre quotidien

Jean Lapierre
ANNIE T ROUSSEL / AGENCE QMI

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J’ai l’impression d’avoir perdu un membre de ma famille.

Ça peut paraître exagéré, mais c’est vrai. J’entendais Jean Lapierre parler au moins deux fois par jour.

Avec sa bonhomie, son humour, ses expressions colorées et son amour passionnel pour la politique, personne ne ressemblait à Jean Lapierre comme chroniqueur. C’était à mon avis le commentateur de référence, en ce qui concerne l’actualité partisane, parlementaire et électorale.

Une tragédie insoutenable

Quelle tristesse. La station de radio CFIM rapportait que M. Lapierre, qui se dirigeait vers les Îles-de-la-Madeleine pour rendre un dernier hommage à son père, se trouvait notamment en compagnie de sa conjointe Nicole, d’une de ses sœurs et de deux de ses frères.

On pense à la grand-maman qui doit déjà vivre le deuil de son mari et on se sent physiquement mal. On se met à la place de ses enfants, de leur conjoint et leurs propres enfants et on ne peut que deviner comment ça doit être terrible de perdre ses parents ainsi.

Si cette insoutenable tragédie était arrivée à des inconnus, elle aurait néanmoins ouvert les bulletins de nouvelles. Voilà qu’elle frappe une personnalité sympathique et appréciée du public et nous sommes tous endeuillés.

Commentateur irremplaçable

Jean Lapierre faisait plus que commenter la politique. Il la racontait. Ses chroniques ponctuées d’anecdotes, où il variait les intonations de voix pour marquer la connivence, manqueront terriblement aux milliers d’auditeurs de plusieurs antennes régionales.

Je commençais toujours ma journée ainsi, avec son «Salut, salut!» On sentait qu’il avait hâte de nous rapporter les échos entendus lors de ses visites au restaurant, au parlement ou dans les halls d’hôtel où se déroulaient les instances des partis. Il était là, expliquait-il, «pour recevoir les confidences».

Ça, c’était ce qu’il disait en ondes. N’importe qui ayant déjà dîné avec lui vous racontera en avoir connu des moins racontables.

J’aimais tellement ses histoires. Je me souviens d’une chronique si savoureuse que je l’avais apprise par cœur. Truculent, il contait s’être rendu dans un concours de pâté chinois à Granby, dans son ancienne circonscription de Shefford, armé de la version préparée par Nicole. C’était lors d’une campagne électorale fédérale.

Dépassé par le manque d’habileté sociale des différents candidats qui y faisaient cabale, il s’était écrié: «J’te dis, Paul, ils avaient l’air à des poules pas de tête!» S’ensuivait un très suave «cours de poignée de main» à l’intention de tous les aspirants députés.

J’avais été très fier de lui réciter sa chronique au mot près, lorsque je l’avais rencontré par la suite. Je pense qu’il était honoré de ma dévotion, mais qu’il en avait été un peu troublé. Je me promets de retrouver cet extrait magnifique d’ici quelques jours pour le partager avec vous, histoire de lui rendre un modeste hommage.

Un modèle

Vraiment, il y avait un style Lapierre, que personne ne pourra imiter. Cela dit, tous les chroniqueurs, facilement portés à verser dans le cynisme, doivent prendre pour modèle l’amour de la politique et le respect de la fonction que manifestait ce fier Madelinot au doux parlé. C’est impensable de croire qu’on ne l’entendra plus.

J’ai beaucoup de peine, donc. Je perds quelqu’un qui faisait partie de mon quotidien. Mais, plus encore, je ressens une tristesse terrible pour sa famille. Je pense également à ses collègues de TVA et des stations du groupe Cogeco qui ont fait preuve d’un professionnalisme incroyable aujourd’hui. Comment oublier, également, les deux membres d’équipage décédés au travail...

Quand une personnalité connue décède, on parle de ses réalisations publiques. Il ne faut jamais oublier que ce sont avant tout des filles et des fils, des mamans ou des papas et des grands-parents qui ont été perdus.

À tous les membres de la famille Lapierre et à tous ceux qui les aimaient, j’exprime donc ma sympathie la plus sincère. Nous vous souhaitons beaucoup de courage et surtout, nous tentons de vous transmettre tout l’amour dont nous sommes capables.

AJOUT 22h37 : le magnifique « Cours de poignée de main » de Jean Lapierre. 

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