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Ce détestable silence

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Jean-Charles Lapierre, de ton nom de baptême, tu n’auras même pas vu tes 60 ans qui t’attendaient pourtant au détour du mois de mai. Le mot est souvent galvaudé, mais cet accident est une tragédie.

Parti pour porter ton père à son ultime repos tout juste avant ton propre dernier voyage, homme de famille et des Îles jusqu’au bout, cette saloperie d’accident t’y prend même ton épouse et une partie des tiens. Condoléances et prières à tous ceux et celles qui t’aiment et t’attendront le reste de leur vie.

Incapable de parler de toi au passé, tu me pardonneras cette missive sous le choc.

Sans être de ton «entourage» aussi peuplé qu’une procession de la Fête-Dieu autrefois, j’ai toujours aimé partager des panels d’analyse avec toi.

Difficile même de me rappeler un temps où tu ne passais pas de la faune politique à celle des médias avec l’agilité d’un acrobate.

Ce que j’apprécie le plus chez toi – j’aurais dû te le dire de vive voix –, c’est ta gentillesse.

Et bien sûr, cette passion folle pour ta nourriture existentielle, la politique.

La belle, la noble et la grande tout comme la petite, la mesquine et la laide.

Un homme meurtri

En politique fédérale, l’échec de l’accord du lac Meech t’avait tout de même meurtri.

Au point d’en quitter le navire libéral pour suivre ton ami Lucien jusqu’au Bloc québécois tout juste sorti des cendres constitutionnelles encore fumantes.

J’aimais te taquiner en te rappelant ton «époque souverainiste» à Ottawa.

Amusé, tu me rappelais toujours à l’ordre: «Non, Josée. Le Bloc, au début, n’était PAS souverainiste. C’était une coalition arc-en-ciel!»

Oui, oui, Jean, si tu le dis –, que je te répondais en riant.

Comme tant d’autres, tu m’as quand même fait damner par moments.

Chez Paul Arcand, quand ton analyse fait place à un «spin» trop appuyé, tu me fais descendre quelques saints du ciel.

Mais en fait, c’est ta passion qui parle. Avertissement aux âmes trop sensibles.

Plaisir coupable

Tu le sais, tout le monde, politiciens ou journalistes, veut toujours savoir ce que tu as dit.

Que ce soit chez Arcand, TVA, CTV, CJAD ou Dieu seul sait sur quelle autre tribune. Même si certains, tel un plaisir coupable, le font en cachette...

Du matin au soir, armé de ton carnet, tu dégaines tes analyses et tes «inside» plus vite que ton ombre.

Durant mon court passage au bureau du premier ministre comme conseillère spéciale, combien de fois j’ai entendu la même phrase impatiente: «Y a dit quoi encore, Lapierre?»

Tes analyses trônaient souvent au sommet des interminables revues de presse du Conseil exécutif.

Le problème, tu vois, c’est que ta voix, on ne l’entendra plus. Tu ne pourras plus nous surprendre ou nous mettre en beau fusil. Le silence et toi? Désolée, ça ne marche pas.

Repose en paix avec les tiens.

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