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Une vie prêtée

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La toute première pensée, c’est pour la mère et les ­enfants de Jean Lapierre. Sa mère venait de perdre son mari. Et voilà que dans la même journée, elle perd quatre de ses enfants dans un accident d’avion aux Îles sous le vent.

Dans quel état s’est-elle endormie. Si elle s’est endormie. Et ce matin, comment peut-elle faire face à la réalité? De bonnes pensées et des prières peuvent-elles changer quelque chose à son épouvantable peine?

Ce n’est pas s’abaisser que d’aimer le monde ordinaire

Je connaissais bien Jean Lapierre. J’ai travaillé à CKAC, au 98,5 et à TVA avec lui. Dans la salle des nouvelles de TVA, il arrivait souvent en coup de vent après un de ses éternels lunchs d’affaires... politiques.

Il savait que j’étais un passionné de politique. Et il avait toujours l’histoire qui me ferait oublier que dans 20 minutes, fallait parler de la dernière turpitude du ­Canadien.

Pour lui parler, c’était simple. ­Fallait se tenir chez Ferrera ou dans un des restaurants d’hôtel où il aimait prendre ses petits déjeuners.

Chez Ferrera, ça prenait au moins 10 minutes à Lapierre pour s’installer à sa table. Il serrait des mains en ­souriant et surtout retrouvait à toutes les fois une demi-douzaine de ses contacts ou de ses amis, avec qui il échangeait en riant les dernières nouvelles politiques en ville, à Québec ou à Ottawa.

Parfois, il prenait le temps de venir s’asseoir au dessert et la conversation s’étirait pendant une demi-heure. C’était un grand privilège et je l’ai toujours pris ainsi.

JOB D’ÉTÉ

J’ai connu Jean Lapierre aux Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984. Je n’avais pas 40 ans, lui n’en avait que 27. Quand il avait été nommé secrétaire d’État aux Sports, il était devenu le plus jeune ministre de l’histoire de la politique fédérale.

On le retrouvait à Canada House à Los Angeles avec sa moustache bien noire et son blazer rouge drapeau du Canada. Honnêtement, il ne se prenait pas trop au sérieux. Et déjà, même s’il devait faire attention en jasant avec des journalistes à la recherche d’une bonne déclaration, il savait raconter une bonne anecdote.

On s’était retrouvé à la Maison du Canada comme il nous le précisait avec humour, en quelques occasions. Pour célébrer les victoires de Linda Thoms, d’Alex Bowman et de Sylvie Bernier entre autres et ça avait été un plaisir à toutes les fois.

Il ne fut pas un grand ministre des Sports. Il avait succédé à Jacques Olivier, qui avait trop brassé la cabane à Sarajevo quelques mois plus tôt. D’ailleurs, il racontait en riant que «ça avait été une belle job d’été». Les ministres des Sports, à part ­Denis Coderre, ont rarement laissé leur marque. Ça inclut Jean Charest, Michel Dupuis et Céline Hervieux-Payette.

LEÇONS

Jean Lapierre est parti. Beaucoup trop tôt. Il y a des leçons à ­tirer de cette tragédie. D’abord, qu’on peut travailler fort en ayant du plaisir. Ensuite, que ce n’est pas s’abaisser que d’aimer le monde ordinaire et d’accueillir les gens avec respect et chaleur quand ils viennent vous parler. Et puis que la politique, même si elle semble sale et hypocrite, doit demeurer ce qu’elle est au fond. La vie de la cité (polis en grec) et les débats des choses ­publiques avec les gens. Jean vivait et débattait.

Finalement, la leçon ultime que nous rappellent ces morts qui nous attristent, c’est que la vie est prêtée, pas donnée. Et qu’il faut vivre chaque journée comme si c’était la dernière.

Parce que parfois, sans avertissement, c’est la dernière.

J’arrive de Londres et de Sheffield. Chaque journée a été ­remplie.

Bonne journée...

 

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