/misc
Navigation

Quand la maison brûle, on n’arrose pas le jardin

Quand la maison brûle, on n’arrose pas le jardin

Coup d'oeil sur cet article

Pour l’essentiel voici ce que j’énonçais dans mon billet du 26 mars dernier:

«Les électeurs sont littéralement piégés. Ou ils votent pour un ou des partis qui leur proposent une démarche vers l’indépendance, une démarche dans laquelle ils répugnent de s’engager, pour le moment en tous les cas (et ce moment a le temps long), ou bien ils votent pour un parti qui les éloigne du scénario référendaire même si ce parti présente toutes les caractéristiques d’une formation à l’éthique pour le moins extrêmement élastique sinon sévèrement déficiente... les électeurs n’ont pas d’autre choix que de voter sur un axe fédéralisme-séparatisme pour ensuite se faire gouverner sur l’axe gauche-droite. Et pour le moment, la droite en profite pour démembrer l’État québécois sans aucun mandat pour le faire... Devant ce détournement de la démocratie, le Québec doit se fabriquer une nouvelle carte politique. Il faudrait pour le Parti québécois consentir à modifier l’article 1 de son programme, à mettre le projet d’indépendance en veilleuse pour un bout de temps quitte à ce que ce projet soit durant ce temps animé, sans doute pour son plus grand bien, par un mouvement populaire. Il lui faudrait aussi accepter d’être le porteur crédible d’un programme social-démocrate de centre gauche.»

J’avais en 2007, alors que je siégeais à l’Assemblée nationale comme député péquiste, proposé que le PQ modifie l’article 1 de son programme et publié ce qui suit dans Le Devoir: «Le mouvement pour l’indépendance du Québec est un mouvement de libération d’un peuple. Et on ne peut libérer un peuple malgré lui et à heure fixe. C’est de lui que doit venir le signal qu’il est temps de passer à autre chose. C’est à lui qu’il faut faire confiance. C’est à lui de donner rendez-vous à la liberté. C’est de lui que doit émaner avec force la conviction qu’il s’estime suffisamment, qu’il a suffisamment confiance en ses moyens et qu’il reconnaît l’urgence de protéger sa culture, sa langue et ses institutions en s’appropriant entièrement la maîtrise des instruments politiques et économiques nécessaires. C’est de lui que doivent aussi émaner cet enthousiasme et cet engouement pour un projet collectif qui le sort de la dépendance et qui le confronte à ses responsabilités».  Et j’ajoutais: «Un parti politique peut et doit nourrir cette conviction, cet enthousiasme, ce désir, cet engouement, ce courage du peuple: il ne peut cependant décider de la date et de l’heure où ce peuple en manifestera les signes».

Concrètement, cette idée pourrait, par exemple, se traduire par l’adoption d’une loi sur le Référendum d’initiative populaire qui réserverait un droit exclusif à la population du Québec d’appeler un référendum portant sur l’indépendance du Québec.

L’article 1 du PQ pourrait dès lors affirmer que 1) le PQ est un parti souverainiste dédié à la promotion de l’indépendance du Québec et 2) il s’engage à adopter une loi sur le Référendum d’initiative populaire qui garantit au peuple l’exclusivité d’appeler un référendum sur l’indépendance. Les conditions d’application de cette loi (nombre requis de personnes pour ouvrir les registres, durée d’ouverture des registres, pourcentage requis des électeurs pour procéder à un référendum, etc.) pourraient aussi être décrites dans le programme du parti. Cette loi énoncerait également qu’un tel référendum ne pourrait être tenu qu’une fois tous les 10 ans. Cette modification de l’article 1 permettrait au PQ de se libérer de l’accusation quasi automatique et extrêmement efficace de ses adversaires quant à son intention soi-disant cachée de mener une campagne référendaire durant son mandat. Ce changement obligerait également les militants et sympathisants de l’option indépendantiste à se mobiliser dans le cadre d’un mouvement émanant du peuple, à l’écart d’une stratégie électorale. Elle permettrait aussi d’offrir aux électeurs la possibilité d’appuyer un programme social-démocrate qui serait alors devenu le seul véritable enjeu de la campagne électorale.

Miné par les scandales, attaqué de toutes parts, le PLQ mène malgré tout encore et toujours dans les sondages. Il en profite pour détruire, brique par brique, l’État que les citoyens se sont construit. Cela et les résultats de la dernière campagne électorale devraient, me semble-t-il, amener le PQ et les autres les partis indépendantistes du Québec à offrir une véritable alternative de changement aux électeurs.

Quand la maison brûle, on n’arrose pas le jardin.