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Un acteur de premier plan dans la création du Bloc

Retour sur la carrière politique du regretté Jean Lapierre

Canadian Transport Minister Lapierre stands to speak in the House of Commons in Ottawa
Photo d'archives, Reuters

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Décrit comme un travailleur infatigable, une bête politique et un commentateur hors pair au verbe coloré, Jean Lapierre a marqué le paysage politique et médiatique des trois dernières décennies. Le Journal revient sur les principaux pans du parcours politique de ce Madelinot de 59 ans qui a péri mardi dans un écrasement d’avion aux Îles-de-la-Madeleine.

L’échec de l’accord du lac Meech, le 23 juin 1990, et l’élection le jour même de Jean Chrétien à la tête du Parti libéral du Canada a poussé Jean Lapierre à quitter avec fracas sa formation politique pour joindre le mouvement souverainiste.

Ayant plutôt choisi le camp de Paul Martin durant la course à la chefferie libérale, il reproche en outre à M. Chrétien d’avoir manœuvré pour contribuer à la mort de l’accord du lac Meech, sonnant ainsi le glas de l’inclusion du Québec dans la Constitution canadienne.

« Humilié et trahi »

«J’ai trop de fierté pour m’associer, même une minute, à Jean Chrétien», affirma alors le jeune député de Shefford qui comptait déjà une décennie en politique fédérale.

«Je veux que vous sachiez que les Québécois ne considèrent pas ce drame comme l’échec d’un homme, mais beaucoup plus comme l’échec d’un système et le triomphe de la mauvaise foi. Je suis déçu, humilié et trahi», s’exclamera-t-il trois jours plus tard aux Communes, envoyant une flèche à M. Chrétien sans le nommer.

Il fondera dans les mois à venir le Bloc québécois, aux côtés de Lucien Bouchard et d’autres députés libéraux et conservateurs déçus par l’achoppement des négociations constitutionnelles.

«Il n’a jamais été souverainiste dans l’âme. C’était un type qui souhaitait une réforme du fédéralisme, il était dans la ligne de pensée de Robert Bourassa», croit le député bloquiste de la première heure, Louis Plamondon.

Si l’aventure au Bloc de M. Lapierre n’a duré que deux ans, le député y a été «très utile». «Il était performant, il attirait l’attention des journalistes et il était solide en Chambre. Ça donnait de la crédibilité au Bloc d’avoir deux grosses pointures, lui et Lucien Bouchard», poursuit M. Plamondon.

L’ex-député bloquiste et membre fondateur du Bloc québécois Yvan Loubier abonde dans le même sens. Il affirme que M. Lapierre a permis au nouveau parti souverainiste à Ottawa de vulgariser son message.

«Il fallait trouver les mots et des façons d’expliquer notre arrivée sur la scène fédérale, alors que nous étions un parti souverainiste. Il y avait donc tout un argumentaire qui n’avait pas de précédent», explique celui qui a contribué à rédiger le manifeste du parti.

Fierté

M. Loubier se souvient d’ailleurs d’avoir reçu une «leçon d’humilité» de son collègue après avoir planché durant une partie de la nuit sur la rédaction d’un discours pour M. Bouchard.

«J’étais très fier du discours dans lequel je parlais d’histoire sur le plan constitutionnel et de l’échec de l’accord du lac Meech, lance-t-il. Je présente mes affaires et Jean Lapierre me regarde et me dit: “Ce n’est vraiment pas bon, personne ne va comprendre cette affaire-là”» s’esclaffe-t-il.

Selon l’ex-chef bloquiste Lucien Bouchard, M. Lapierre était «un as» de la joute politique. «On est plusieurs à avoir appris de lui comment formuler une question, comment répondre à une question d’un journaliste, comment exprimer l’idée pour la faire passer dans le public», a-t-il déclaré dans une entrevue à TVA.

 

Son parcours politique

  • Né le 7 mai 1956 à Bassin, aux Îles-de-la-Madeleine.
  • Avocat de formation.
  • Élu à 23 ans, en 1979, dans le comté de Shefford pour le PLC, puis réélu en 1980, 1984, 1988.
  • Nommé ministre à 28 ans dans le cabinet de John Turner en 1984 (ministre d’État à la Jeunesse et ministre d’État au Sport amateur).
  • Quitte le PLC en 1990 et siège comme indépendant (du26 juin 1990 au 17 décembre 1990).
  • Cofondateur du Bloc québécois, où il restera pendant deux ans (du 18 décembre 1990 au 23 août 1992).
  • Réélu en 2004 sous la bannière libérale dans le comté d’Outremont.
  • Nommé lieutenant politique de Paul Martin au Québec et ministre des Transports.
  • Démissionne de son poste en janvier 2006 et retourne à sa carrière d’animateur.
  • A été commentateur politique, entre autres à TQS et CKAC, puis à TVA, CTV, au 98,5 FM, au FM93 et à CJAD.

 

L’appel d’un ami : il revient chez les libéraux pour Paul Martin

 

Douze ans après avoir quitté la scène fédérale et poursuivi une carrière derrière le micro, Jean Lapierre revient à ses racines libérales et répond à l’appel de son ami Paul Martin.

Il se fait ainsi élire comme député dans la circonscription d’Outremont à l’élection de 2004. Le nouveau premier ministre libéral en fait son lieutenant politique au Québec et le nomme ministre des Transports.

«Je pense que pour Jean c’était une aventure qui n’était pas terminée», explique le député libéral du Québec dans le comté de Pontiac André Fortin, qui a travaillé comme attaché de presse de M. Lapierre lors de son retour en politique.

«Paul Martin était son grand ami et je pense qu’il l’a fait par loyauté et par désir de vouloir aider au succès du gouvernement de son ami. Je crois qu’il a pris un rôle auquel il ne s’attendait pas nécessairement. Il s’est retrouvé à défendre le Parti libéral dans une période qui n’était pas si facile», a-t-il poursuivi, faisant allusion au scandale des commandites.

L’ex-premier ministre Paul Martin qualifie pour sa part d’«incomparable» l’apport dans son équipe de son loyal et bon ami.

«C’était une personne vraiment de jugement et de vision, et lorsqu’il s’asseyait avec vous, il partageait ses opinions, il fallait l’écouter. C’était hors pair ce qu’il avait à dire», estime-t-il.

 

Extraits de son premier discours aux Communes en 1979

«C’est vraiment un privilège et un insigne honneur pour moi de prononcer ce premier discours au nom de la population de Shefford, laquelle, après avoir été représentée pendant plus de 11 ans par un député du Parti Crédit social du Canada, est revenue à sa longue tradition libérale qui, je l’espère, se perpétuera encore bien des années.»

 

Extraits de son premier discours aux Communes après avoir quitté le PLC et avant de cofonder le Bloc québécois (juin 1990)

« Contrairement à certains de mes collègues, je suis un Québécois d’abord et pour l’avenir québécois et français de mes enfants, Jean-Michel et Marie-Anne, je me vois dans l’obligation, au nom de la liberté d’expression, de siéger désormais comme député indépendant de Shefford. »

 

Extraits de son premier discours lors de son retour au PLC en 2004

« Je suis très ému de me lever à nouveau en cette Chambre, après 12 années d’absence. Je veux remercier la population du comté d’Outremont. (...) J’ai eu l’occasion, pendant ces 12 années, de me trouver de l’autre côté du micro. J’ai toujours déploré le cynisme et la manière dont on jugeait la classe politique.»