/news/politics
Navigation

Un projet de loi qui inquiète

Le texte sur l’aide médicale à mourir ouvre la porte au suicide assisté et à l’euthanasie volontaire

Judy Wilson-Raybould et  Jane Philpott
PHOTO MATTHEW USHERWOOD/AGENCE QMI La ministre fédérale de la Justice (gauche), Judy Wilson-Raybould, et la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, ont répondu aux questions des médias en point de presse.

Coup d'oeil sur cet article

OTTAWA | Le fédéral va plus loin que le Québec en ouvrant la porte au suicide assisté et à l’euthanasie volontaire, ce qui inquiète des citoyens dont un partisan de l’aide médicale à mourir.

Le gouvernement de Justin Trudeau a déposé jeudi son projet de loi sur l’aide médicale à mourir pour les patients adultes qui ne sont pas nécessairement en fin de vie, mais dont la mort est «raisonnablement prévisible».

Ceux qui veulent s’en prévaloir devront répondre à une série de critères et être affectés de «souffrances insupportables». (voir tableau ci-dessous)

Trop loin

L’ancien sous-ministre de l’Industrie Ghislain Leblond, qui est atteint d’une maladie dégénérative, a toujours milité en faveur de l’aide médicale à mourir.

Toutefois, il considère que la loi fédérale va trop loin en permettant le suicide assisté et l’euthanasie volontaire, comme l’a précisé le gouvernement dans une fiche d’information.

«Ça m’inquiète, affirme M. Leblond. Le suicide, c’est choisir entre la vie et la mort. Ce qu’il y a dans la loi du Québec, c’est que les gens qui sont à la proximité de la mort, on leur donne le choix de choisir la façon dont ils vont mourir.»

Selon la loi, un médecin ou infirmier praticien pourra fournir une substance que le patient s’administrera pour se donner la mort. Un processus qui préoccupe M. Leblond.

«Le projet s’éloigne du contexte médical, encadré par des professionnels, et ouvre la porte au suicide assisté de proches. Les membres de la famille n’ont pas nécessairement les compétences», croit-il.

Une inquiétude qui se rapproche de celle des opposants à la loi québécoise, comme le président de la Coalition des médecins pour la justice sociale, Dr Paul Saba. «Quand quelqu’un est malade, il a besoin de bons soins et non de mettre fin à ses jours», dit-il.

Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix est quant à lui tracassé, soutenant qu’il est possible de soigner et d’aimer jusqu’au bout. «Préoccupant devant des sujets aussi délicats», a-t-il mentionné sur Facebook.

Du positif

Yvon Bureau, du Collectif mourir digne et libre, croit pour sa part que le projet de loi C-14 permettra à de nombreuses personnes d’abréger leurs souffrances. Avant d’être admissibles à l’aide médicale à mourir au Québec, des malades doivent attendre d’être à l’article de la mort.

«Lorsqu’on ne veut pas vivre le processus d’agonie... Oui, il s’agit d’un bon début», explique le travailleur social.

Le projet de loi n’a pas retenu la suggestion d’un comité parlementaire mixte d’élargir la portée de l’aide médicale à mourir aux «mineurs matures» et aux personnes souffrant d’une maladie mentale.

Le Code criminel sera modifié pour exempter les professionnels de la santé, comme les médecins et infirmiers, d’accusations d’aide au suicide ou d’homicide.

Cette mesure législative a été adoptée en réponse à l’arrêt Carter de la Cour suprême du Canada, qui a annulé les dispositions interdisant l’aide médicale à mourir.

 

«À un moment donné on va se retrouver avec des litiges qui vont encore se rendre à la Cour suprême pour définir qu’est-ce qu'une mort naturelle. Ensuite de ça, la prévisibilité de la mort, écoutez, à partir du moment où on naît, il est fort prévisible qu’on va mourir un jour.  Alors qu’est-ce qu’on entend par raisonnablement prévisible?» - Rhéal Fortin, chef intérimaire du Bloc québécois

Rhéal Fortin
Photo d'archives
Rhéal Fortin