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Des kilomètres d’archives à Québec

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Dans la foulée des fusions municipales, en 2002, le service des archives de la Ville de Québec a vu ses avoirs exploser pour atteindre une dizaine de kilomètres de documents, parmi lesquels se trouvent de véritables petits trésors historiques.

Le défi des prochaines années, pour ce service, consistera à réduire la masse des documents, qui a certainement quintuplé avec les fusions. Cet effort concerne surtout les archives amassées par les plus petites villes, dont les critères de conservation étaient plus larges.

Pour vous donner une idée de la somme de documents d’archives que possède la Ville, l’équivalent de 40 années de travail accumulé serait nécessaire pour en faire le traitement, s’il était effectué par une seule personne. On parlait de 50 lors des fusions.

Local supplémentaire

Parmi ces documents se retrouvent pas moins de 100 000 photographies et autant de cartes et de plans. Tant et si bien que la Ville a dû, en 2002, ajouter un local afin de pouvoir tout entreposer, lequel se trouve sur l’avenue D’Estimauville. Celui-ci s’ajoute aux locaux principaux de la rue Saint-Joseph, sis dans le même bâtiment que la bibliothèque Gabrielle-Roy.

C’est à ce dernier endroit que j’ai rencontré Jérôme Bégin, à la direction du service des archives, et l’archiviste David Tremblay. Ils m’ont ainsi fait découvrir le plus vieux document des archives de la Ville de Québec, signé de la main du roi Louis XIV. Il s’agit d’un bien patrimonial d’autant plus intéressant, observe M. Bégin, qu’il subsiste très peu de documents datant du Régime français à Québec.

Il s’agit d’un acte juridique datant de 1688, brevet de confirmation de la concession d’une seigneurie, fait à Mathieu Amiot dit Villeneuve. Le document se retrouve au cœur d’une exposition basée sur le Fonds de la famille Amyot. Ce fonds a été offert à la Ville l’an dernier par des descendants de l’homme d’affaires Georges-Élie Amyot, fondateur de la Dominion Corset, manufacture de renom qui a été en activité pendant plus d’un siècle, à Québec. Ses sous-vêtements féminins et corsets se sont retrouvés partout sur la planète, jusqu’en Australie, ce qui représentait un succès impressionnant pour un dirigeant canadien-français à l’époque.

L’entreprise, qui a ouvert ses portes en 1888 et a emménagé dans Saint-Roch en 1911, a fermé ses portes en 1988. La Ville de Québec a acquis le bâtiment deux ans plus tard.

Autres découvertes

J’ai également pu voir des documents tirés du Fonds Baillargé, du nom du célèbre ingénieur, architecte et arpenteur Charles Baillargé. On y retrouve, dans l’une des deux voûtes de conservation, l’image et les plans des «New Houses of Parliament for the Province of Canada», parlement du Canada qu’il avait imaginé pour la Ville de Québec, avant qu’Ottawa ne soit choisie.

De nombreuses gravures et plusieurs stéréogrammes, qu’on pourrait décrire comme les cartes postales du 19e siècle, sont aussi conservés. «Les Américains ont littéralement mitraillé la ville en photographie avant les années 1900, dont Louis-Prudent Vallée, dont nous possédons une importante collection», a précisé M. Tremblay.

Certains stéréogrammes datant de mars 1875 et des hivers suivants montrent à quel point la neige pouvait s’accumuler de façon impressionnante à Québec à l’époque. C’était bien avant les services de déneigement modernes, même si on n’en est pas toujours satisfaits.

Sur l’un des murs des locaux s’étale l’une des affiches du 300e anniversaire de la Ville de Québec, avec, au centre, la représentation de Samuel de Champlain entouré d’Amérindiens.

Puis, peu de gens savent qu’avant l’emblème du petit bateau, la Ville de Québec fut représentée, de 1833 à 1949, par une image très cocasse commandée au peintre Joseph Légaré. Dans un méli-mélo d’amalgames étonnants, on retrouve la déesse grecque de l’industrie (!), le cap Diamant, le fleuve, un castor et une ruche.

Pour en revenir à l’exposition Amyot, qui sera présentée jusqu’en septembre prochain, elle sera ensuite numérisée. Plusieurs autres documents l’ont été également déjà, ce qui représente une belle innovation. Auparavant, ces archives ne pouvaient en effet être consultées qu’en se rendant sur place.

Tout comme d’autres expositions préparées par le service des archives de la Ville, elle pourra donc être consultée dans un avenir rapproché par les visiteurs de son site internet, à l’adresse suivante: www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/index.aspx.

On souhaite également être bientôt présent sur les réseaux sociaux, ce qui permettra de partager des souvenirs liés à l’histoire de la plus ancienne ville d’Amérique.