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Unis contre les hausses de taxes

15 commerçants de Québec lancent un cri d’alarme

Ces propriétaires de commerces dénoncent les hausses de taxes municipales: Richard Saillant, Mathieu Castilloux, Philippe Desrosiers, Jean-Pierre Du Sault et Tony Tannous.
photo jean-françois desgagnés Ces propriétaires de commerces dénoncent les hausses de taxes municipales: Richard Saillant, Mathieu Castilloux, Philippe Desrosiers, Jean-Pierre Du Sault et Tony Tannous.

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Au moins une quinzaine de commerçants de Québec ont décidé de faire front commun pour dénoncer la hausse de taxes municipales qui pourrait mettre en péril leurs entreprises.

Plusieurs restaurateurs et propriétaires d’immeubles et de commerces de détail se sont réunis sur Grande Allée pour rencontrer Le Journal et lancer un cri d’alarme. Leurs entreprises vont bien, mais ils ne veulent pas attendre une crise qui menacerait leur gagne-pain.

«Je suis inquiet pour le commerce local. Les gens d’affaires ont peur. Notre ville est belle, mais la réalité frappe. C’était 20 000 $ de taxes en 2008 et 65 000 $ actuellement. Plus du triple en huit ans, et je ne peux pas vendre ma bière 15 $ la pinte. On n’est pas Monaco ou Las Vegas», lance Philippe Desrosiers, de la microbrasserie L’Inox.

Réflexion importante

L’ancien copropriétaire du Maurice pendant 13 ans veut à tout prix éviter de cibler le maire de Québec et affirme être plutôt à la recherche de solutions.

Plusieurs restaurateurs n’ont toutefois pas apprécié les propos de Régis Labeaume lors de la fermeture du restaurant La Crémaillère. Le maire se demandait alors si le commerce établi depuis 1971 avait su s’adapter.

«Je suis un pro-Labeaume et nous voulons tenir un discours constructif. Je suis prêt à ouvrir mes livres pour montrer tous mes chiffres. Si on ne fait rien, ça risque d’être pire dans trois ans», ajoute M. Desrosiers.

«Nous avons longtemps toléré en silence des hausses de taxes qui sont en train de faire basculer l’attractivité du Vieux-Québec. La pression économique retombe sur la clientèle qui trouve ça trop cher», affirme aussi Jean-Pierre Du Sault, propriétaire de plusieurs immeubles à revenus et ancien président de l’Association des gens d’affaires du Vieux-Québec.

Assurer l’avenir

Le nombre grandissant de locaux vides sur la rue Saint-Jean, sur la Grande Allée, dans la côte de la Montagne et sur la rue Cartier commence également à déranger les entrepreneurs.

«Beaucoup de locataires payent autant de loyer qu’ils payent de taxes. Et on vend la bière au même prix qu’il y a 10 ans», signale Peter Sgobba, du Blaxton Pub & Grill.

«On veut prévenir pour les années futures», précise Mathieu Castilloux, copropriétaire de trois tavernes et de trois autres succursales d’une chaîne connue.

D’autres craignent encore de dénoncer. «Aussitôt qu’on parle contre la Ville, on risque de mauvaises surprises», explique un propriétaire de restaurant de sushis.

« Injustifiable et insensé », dénonce un propriétaire d’immeubles

Jacques Turgeon, Propriétaire
photo d’archives
Jacques Turgeon, Propriétaire

«Il faut que quelqu’un parle. La formule de taxation n’a aucun sens.»

Le propriétaire immobilier Jacques Turgeon est exaspéré par l’augmentation de la valeur de plusieurs de ses 12 immeubles.

Sur la rue Turnbull, le bâtiment qu’il possède est passé de 1 315 000 $ en 2014 à 1 725 000 $ en 2016, une augmentation de 400 000 $ et de 30 % en moins de deux ans.

Pour un immeuble centenaire de 25 petits logements avec un roulement élevé, la facture est difficile à avaler. Les dépenses demeurent les mêmes que les loca­taires soient stables ou non. Et les acheteurs ne se bousculent pas pour faire des offres.

«C’est carrément une perte. Comment voulez-vous que je refile ça aux locataires? C’est injustifiable et complètement insensé.»

Plusieurs contestations

L’homme d’affaires se prépare d’ailleurs à contester six de ses augmentations de taxes. La date limite est le 30 avril prochain.

«J’ai téléphoné à la Ville et j’ai rencontré quelqu’un. Des diminutions se font même au téléphone pour éviter de trop nombreuses contestations. Dans mon cas, c’est 300 $ par compte et ça peut prendre jusqu’à un an. Ils sont débor­dés.»

Jacques Turgeon se pose aussi plusieurs questions sur la formule d’évaluation.

«Le système n’est pas bien équilibré. Il faut que les villes changent leur façon de faire. Même si M. Labeaume dit que ce n’est pas à cause des taxes que les commerces ferment, c’est parfois la goutte qui fait déborder le vase.»

Il n’est pas le seul à contester les hausses de taxes.

«La valeur de mes immeubles a monté, mais je ne vois plus le lien entre la valeur économique et le coût de taxation pour les services que je reçois. Rendu à 12 000 $ pour un six logements, ça commence à faire pas mal», proteste le propriétaire Stéphane Carbonneau.

Vives réactions

Ces propriétaires de commerces dénoncent les hausses de taxes municipales: Richard Saillant, Mathieu Castilloux, Philippe Desrosiers, Jean-Pierre Du Sault et Tony Tannous.
photo d’archives
« Je paye pour plus de 5 tonnes de déchets alors que le total de mes achats atteint difficilement 3.5 tonnes de nourriture. Ça ne marche pas. »

– Tony Tannous, copropriétaire de trois restaurants la Galette Libanaise


Ces propriétaires de commerces dénoncent les hausses de taxes municipales: Richard Saillant, Mathieu Castilloux, Philippe Desrosiers, Jean-Pierre Du Sault et Tony Tannous.
photo d’archives

« À Boston, j’ai eu une contra­­vention. Ça disait “ Bonjour, on voit que vous êtes un touriste. Merci de visiter notre ville. Prenez note que vous êtes en infraction et merci d’être attentif la prochaine fois. ” Pas un sou à payer. On est loin de ça ici. »

– Jean-Pierre Du Sault, propriétaire immobilier


Ces propriétaires de commerces dénoncent les hausses de taxes municipales: Richard Saillant, Mathieu Castilloux, Philippe Desrosiers, Jean-Pierre Du Sault et Tony Tannous.
photo d’archives

« Le problème, c’est les taxes déguisées. Les permis obligatoires pour la neige ou les parcomètres. Même avec un menu midi à 18 $, la Ville récolte 7 $ ou 8 $. Ton budget lunch n’est plus le même à 28 $. Je serais même prêt à payer plus cher en taxes, mais en laissant tomber tout le reste. »

– François Blais, Bistro B, rue Cartier


« C’est près de 30 000 $ par année pour un local qui n’a pas 10 000 pi2. À Montréal, c’est 12 000 $ pour la même superficie. La réalité est là. On quitte Québec. On est un peu gênés de ne pas avoir parlé avant. »

– Gérard Foulon, propriétaire du magasin Azimut, qui fermera à la fin avril après 26 ans.