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Compression en éducation: la lutte au décrochage scolaire a aussi écopé

Compression en éducation: la lutte au décrochage scolaire a aussi écopé
Photo d’archives

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L’an dernier, les compressions dans l’aide aux devoirs, l’achat de livres ou les services aux élèves dans les écoles ont fait grand bruit. Or la lutte au décrochage scolaire a aussi écopée, avec une diminution de 26% de son financement, a appris Le Journal.

Depuis 2002, la principale mesure gouvernementale pour lutter contre le décrochage scolaire est la stratégie d’intervention Agir Autrement (SIAA). Grâce à ce programme, environ 800 écoles en milieu défavorisé ont mis sur pied une foule de projets et d’activités pour inciter les jeunes à rester sur les bancs d’école.

Or selon un document du ministère de l’Éducation obtenu par Le Journal, le financement de cette stratégie a été globalement amputée de 25% l’an dernier, passant de 47 à 34,7 millions $.

La ponction a été reconduite cette année puisque le financement en 2015-2016 s’élève aussi à 34,7 millions $ à cause de «l'intégration des efforts de 2014-2015», nous a-t-on expliqué au ministère de l’Éducation. L’ampleur des coupes varie selon les commissions scolaires, allant de 15% à 65%.

Élèves les plus vulnérables

Selon la Centrale des syndicats du Québec, cette coupe est «totalement inacceptable» puisqu’elle est destinée aux enfants «les plus vulnérables», affirme sa présidente, Louise Chabot. «On comprend mal depuis le début où s’en va le gouvernement sur la question de la persévérance scolaire et de l’aide aux enfants qui ont le plus de difficulté», ajoute-t-elle.

La CSQ déplore le fait que le gouvernement Couillard coupe d’une main pour redonner de l’autre, alors qu’il annonçait récemment une somme de 12,8 millions $ pour soutenir des organismes régionaux qui lutte contre le décrochage scolaire, dont le financement avait été amputé.

De son côté, la présidente de la commission scolaire de Montréal, Catherine Harel-Bourdon, confirme que les impacts de cette diminution de financement se font sentir dans les écoles secondaires, où il y a eu une diminution d’activités parascolaires ou sportives, par exemple.

«C’est sûr que c’est jamais agréable de devoir réduire et couper des projets, dit-elle. Ce sont des projets qui aident au climat de l’école, qui aident à améliorer le sentiment de sécurité et d’appartenance.»

La Fédération des commissions scolaires a refusé de commenter, alors que la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) dénonce aussi cette compression.

Au cabinet du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, on rappelle que 9 millions $ ont été ajoutés cette année dans les écoles en milieu défavorisé pour améliorer l’apprentissage du français au début du primaire. Le réinvestissement annoncé dans le dernier budget comprend aussi de l’argent neuf destiné aux écoles en milieu défavorisé, ajoute-t-on.

Québec n’a toutefois pas l’intention de bonifier le financement de la SIAA, selon le document du ministère de l’Éducation dont nous avons obtenu copie.

En 2015-2016, davantage d’écoles pourraient avoir accès à ce programme, mais l’enveloppe prévue est de 34,7 millions $, peu importe les scénarios à l’étude, peut-on lire.

Trois exemples

Commission scolaire du Chemin-du-Roy

Dans cette commission scolaire de la région de Trois-Rivières, le financement pour la stratégie d’intervention Agir Autrement (SIAA) est passé de 1 million $ à 700 600 $ dans 15 écoles en milieu défavorisé. «Oui, ç’a un impact. Les activités doivent êtes faites de façon différente», affirme Anne-Marie Bellerose, conseillère en communication.

Commission scolaire de la Capitale

Dans cette commission scolaire de Québec, la diminution du financement accordé à la SIAA représentait une baisse de 39% en 2014-2015. Mais cette année, la CSC a regroupé différentes mesures, ce qui lui a permis d’amoindrir les impacts de cette baisse, qui représente désormais 32% au secondaire et 22% au primaire. L’argent peut servir à mettre sur pied des mesures pédagogiques, comme l’ouverture d’une classe spécialisée.

Commission scolaire de Montréal

Dans la plus grosse commission scolaire de la province, le financement gouvernemental de la SIAA est passé de 8,4 millions $ à 6,8 millions $. Jugeant ce programme important, la CSDM a toutefois décidé d’ajouter 200 000 $ à ce budget, financé à même ses opérations. Ce programme permet, entre autres, d’embaucher du personnel pour venir en aide aux élèves et de mettre en place des activités parascolaires ou sportives.

Quel bilan pour la Stratégie Agir Autrement?

Malgré un bilan mitigé, le gouvernement avait continué de miser sur la Stratégie d’intervention Agir autrement (SIAA) pour lutter contre le décrochage scolaire avant que son budget ne soit amputé l’an dernier.

Le verdict est tombé en 2010. Huit ans et quelque 300 millions $ plus tard, la principale stratégie de Québec pour lutter contre le décrochage scolaire n’avait pas donné les résultats escomptés, selon un rapport d’évaluation qui avait été réalisé par le professeur Michel Janosz, de l’Université de Montréal.

Ce dernier y voyait un «demi-échec». Des progrès avaient été réalisés, puisque la violence et les comportements délinquants avaient diminué. Mais sur le plan du décrochage scolaire et de la réussite des élèves, c’était le statu quo.

Malgré ce constat mitigé, la Centrale des syndicats du Québec défend la pertinence du programme qui demeure «très valable», selon sa présidente, Louise Chabot.

Il faut plutôt revoir la façon de le mettre en place, sans toucher aux sommes d’argent qui y sont investies, affirme-t-elle. «Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain», lance Mme Chabot.

Le professeur de l’Université Laval, Égide Royer, est plus nuancé. Les mesures financées en éducation doivent s’appuyer sur les données probantes de la recherche en éducation, rappelle-t-il.

De son côté, la directrice adjointe des services éducatifs à la commission scolaire de la Capitale, Johanne Chénard, espère que cette stratégie se poursuivra. Puisque chaque école doit mettre en place ses propres mesures, les établissements ont une marge de manœuvre pour trouver des projets qui répondent à leurs besoins, dit-elle : «Ça peut aller jusqu’à l’ouverture d’une classe particulière, dans certaines écoles. De notre côté, on a beaucoup misé sur des mesures pédagogiques au cours des dernières années.»