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La police veut sévir contre les cyclistes ivres au guidon

Photos cyclistes
Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse Les policiers n’ont présentement aucune façon de punir les cyclistes saouls à moins qu’ils aient une bouteille d’alcool ouverte en main au moment de leur interpellation.

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Après l’alcool au volant, la police de Montréal demande à Québec de lui donner plus de pouvoir pour combattre les cyclistes ivres au guidon, a appris Le Journal.

«Nous avons une communauté de cycliste de plus en plus grande, donc il faut empêcher que ça devienne un fléau qui se propage de plus en plus», dit Roxanne Rivard, constable au module de la sécurité routière au SPVM.

Entre 2012 et 2015, quatre cyclistes ont frôlé la mort après avoir été gravement blessés dans un accident alors qu’ils étaient saouls, selon les données du service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Pire encore, un cycliste ivre est décédé bière à la main après avoir brûlé un feu rouge en 2013.

Toutefois, les policiers se trouvent presque totalement sans armes pour sévir contre le nombre croissant de cyclistes qui décident d’enfourcher un vélo après une soirée particulièrement arrosée.

Ni le Code criminel ni les règlements municipaux montréalais ne touchent l’alcool au guidon. Seul un article du Code de la sécurité routière (CSR) indique que «nul ne peut consommer des boissons alcoolisées alors qu'il circule à bicyclette».

«Le policier qui voit quelqu’un zigzaguer sur son vélo peut l’interpeller, essayer­­ de le sensibiliser aux dangers et de l’encourager à ranger son vélo. Mais à moins qu’une personne ne gise complètement saoule sur la voie publique, on ne peut rien faire», indique Mme Rivard.

Nouvelle infraction

Ainsi, dans le cadre de la refonte majeure du CSR actuellement en cours, le service de police montréalais a demandé qu’on ajoute une nouvelle infraction qui interdit formellement d’être en état d’ébriété lorsqu’on circule­­ à vélo.

Lorsque ce sera fait, les policiers pourront commencer à comptabiliser le nombre de cas et dresser un portrait plus précis du problème.

«Il y aurait un constat d’infraction qui serait émis au même titre que passer au feu rouge ou ne pas faire son arrêt. On ne demande­­ pas une infraction au niveau criminel comme pour les automobilistes», explique la constable, qui ajoute qu’aucun montant n’a été suggéré pour l’amende.

Décision «irresponsable»

Une situation qui a été évoquée pour illustrer le phénomène est celle d’une personne qui décide d’embarquer sur un vélo BIXI en sortant d’un bar plutôt que de prendre un taxi ou sa voiture.

Une décision «irresponsable», selon la porte­­-parole du service de vélopartage.

«Cette conduite est dangereuse pour le cycliste­­ et irresponsable. BIXI encourage ses membres et clients à respecter les règles de sécurité à vélo. Nous en faisons d’ailleurs la promotion dès que l’occasion se présente», dit Bérengère Thériault.

 

Moins grave en vélo qu’en voiture ?

<b>Suzanne Lareau</b><br />
PDG de Vélo Québec
Photo COURTOISIE, VILLE DE MONTRÉAL
Suzanne Lareau
PDG de Vélo Québec

Vélo Québec voudrait qu’on tolère l’alcool au guidon comme une solution à la conduite en état d’ébriété.

Sa présidente Suzanne Lareau n’encourage pas les gens à enfourcher leur vélo après avoir consommé trop d’alcool, mais considère que c’est parfois le «moins pire» des choix.

«Je n’ai jamais entendu parler d’incidents liés à l’ivresse à vélo et ça ne me semble pas être une grosse problématique», croit Mme Lareau.

Celle-ci ne s’oppose pas nécessairement à la demande de la police de Montréal d’interdire officiellement­­ l’ivresse au guidon, mais croit que ça reste un meilleur choix que de prendre le volant d’une voiture.

«Dans les deux cas, conduire un vélo en état d’ébriété et conduire une voiture en état d’ébriété ne sont pas une bonne idée, mais ce n’est pas le même degré de dangerosité [...] J’aime toujours mieux que quelqu’un prenne un vélo dans cet état plutôt qu’il prenne son auto», poursuit la PDG.

Petites rues

Si une personne ivre n’a d’autre choix que de prendre le vélo pour rentrer, Mme Lareau suggère d’emprunter les petites rues locales plutôt que les grandes routes plus achalandées.

«Si le SPVM nous dit aussi d’éviter de prendre un taxi quand on est saoul en plus du vélo, il nous reste quoi comme solution pour rentrer chez soi finalement?» conclut-elle à la blague.

 

Il meurt ivre, une bière à la main

Un homme est décédé en 2013 à Montréal, alors qu’il revenait à vélo d’une soirée bien arrosée, une bière à la main.

Gonzalo Albarran-Sanchez, 31 ans, traversait à l’intersection de la rue Peel et René-Lévesque lorsqu’un taxi l’a happé. Selon des témoins de la collision, le cycliste s’engageait alors que le feu de circulation était rouge pour lui. Le taxi n’a pu l’éviter, a confirmé la coroner Catherine Rudel-Tessier dans son rapport.

Peu avant la collision mortelle, M. Albarran-Sanchez a été aperçu roulant avec une bière à la main.

En visite à Montréal pour quelques semaines, celui qui est originaire du Mexique venait de passer la soirée dans un bar avec des amis et sa conjointe.

Il était alors fortement intoxiqué, a noté la coroner. Le taux d’alcool dans son sang était presque à trois fois la limite qui est permise pour un conducteur de véhicule.

– Valérie Gonthier, Le Journal de Montréal