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Le cannabis à l’ONU

opération Cisaille
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La ministre canadienne de la Santé a choisi un forum de l’ONU à New York pour nous annoncer que la marijuana sera légalisée au Canada au printemps 2017. Une décision assez mal reçue au niveau international puisque très peu de pays avancés ont opté pour ce choix.

Je suis toujours dérangé par l’empressement du gouvernement Trudeau à procéder à ce changement majeur. Monsieur Trudeau n’était soumis à aucune pression l’an dernier lorsqu’il s’est engagé à légaliser la marijuana dès la première année de son mandat. Se rendant compte que la chose est bien plus complexe que prévu, le gouvernement libéral se donne un peu de temps, mais quelques mois seulement comme si cette légalisation urgeait.

En contravention

Pour saisir dans quoi le Canada décide de s’embarquer, il faut savoir que le Canada contreviendra à trois ententes internationales dont il est signataire en légalisant le cannabis. La plus importante, la Convention unique sur les stupéfiants paraphée en 1961, offre des avenues pour décriminaliser la possession simple de marijuana. Mais la légalisation complète viole les principes de cette convention.

Les avertissements au gouvernement Trudeau fusent de toutes parts. Les partenaires que sont les provinces ont exprimé poliment plusieurs malaises. Ce sont elles qui gèrent la santé et la sécurité publique, donc qui risquent de vivre avec les conséquences d’une légalisation.

Santé Canada a publié un avis soulevant neuf questions sensibles à considérer advenant la légalisation. L’organisme soulève des interrogations majeures, notamment concernant la conduite d’un véhicule avec les facultés affaiblies par la drogue. Ce sujet a causé des maux de tête aux agents de la circulation dans les quelques juridictions ayant légalisé la marijuana.

Vision angélique

Le gouvernement Trudeau garde le cap en martelant ses deux arguments clés. Légalisé, le cannabis sera moins accessible aux jeunes et les profits sur les ventes ne rapporteront plus le magot au crime organisé.

Il me semble qu’il y a une belle naïveté dans l’expression de ces deux énoncés comme des certitudes.

Il est vrai que dans un marché noir, l’offre de cannabis n’obéit pas à des règles comme l’interdiction de vente aux mineurs. Mais croit-on vraiment que si une multitude de produits du cannabis sont en vente libre, donc facilement accessibles, ils ne se rendront plus aux moins de 18 ans?

Il se trouvera bien quelques revendeurs en âge de faire les achats qui refileront les produits aux plus jeunes moyennant une petite commission.

Quant aux criminels, il faut être plus qu’angélique pour penser que le gouvernement va leur couper l’herbe sous le pied et qu’ils rentreront sagement à la maison humiliés, appauvris et penauds.

Le gouvernement offrira un produit réglementé, donc probablement moins puissant. Offrir du pot plus fort et non taxé, vous pensez que les groupes criminalisés n’auront pas l’idée? En plus des autres drogues dures, des pilules, de la prostitution, des prêts usuraires, alouette! Le crime organisé dort en paix.

À l’ONU, le Canada n’a pas obtenu un flot d’appuis à son approche radicale. Seulement des malaises. Matière à réflexion.

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