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Peau de chagrin

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D’abord, il est important de rappeler que j’ai œuvré pas mal toute ma vie dans le journalisme culturel. Rédacteur en chef adjoint puis rédacteur en chef de l’hebdomadaire Voir, jusqu’au début des années 90. Depuis l’an dernier, Voir est devenu un mensuel.

J’ai également été, pendant deux ans, l’un des six de La Bande des six, émission culturelle de Radio-Canada animée par Suzanne Lévesque.

J’ai fondé un autre hebdomadaire culturel, disparu en 2009, le Ici, puis j’ai travaillé dans les coulisses d’émissions culturelles pendant plusieurs années, Scène de la vie culturelle, animée par René Homier-Roy, puis La vie d’artiste, comme chef de pupitre, toujours à Radio-­Canada.

Avec la formidable équipe de La vie d’artiste, nous avons essaimé, bourgeonné, et fabriqué de nombreux documentaires culturels diffusés dans le cadre des Beaux Dimanches, jusqu’à ce que Tout le monde en parle prenne le crachoir des dimanches soirs, en 2004, et que la toute jeune ARTV serve de prétexte à la Grande Tour pour cesser à peu près totalement de s’intéresser à la couverture culturelle. Je n’ai jamais ­travaillé pour ARTV. J’ai plus tard animé l’émission littéraire Tout le monde tout lu, sur les ondes de MATV. Qui n’existe plus, même si vous pourrez en voir 12 épisodes cet été, épisodes qui ont été enregistrés voilà plus d’un an.

La couverture culturelle, une rareté

La culture à la télé, c’est rare en titi. De plus en plus. C’est rare partout, mais à la télé plus qu’ailleurs.

Lire, animée par Claudia Larochelle, était la dernière émission de télé consacrée aux livres. Pour des «raisons budgétaires», elle n’existe plus.

J’aimerais qu’on m’explique c’est quoi, des ­raisons budgétaires, quand tu as une toute ­petite équipe, un décor déjà construit, et un mandat public qui s’accompagne de centaines de millions de dollars en financement d’État. Ça ne rapporte pas assez, c’est ça?

La bande des six, au début des années 90, faisait 400 000 de cotes d’écoute dans ses bons jours. La vie d’artiste aussi. Mais c’était des émissions diffusées à de bonnes heures sur une chaîne publique non câblée, à laquelle tout le monde avait accès. À force de renvoyer la culture dans les marges de la télédiffusion câblée, on en réduit forcément le public potentiel.

L’émission de Claudia Larochelle n’était pas parfaite. Je regrette toujours un peu qu’on fasse appel à des vedettes pour parler de livres. Mais c’était un effort de la part de l’équipe pour ­rejoindre le plus vaste public possible.

En démocratie, il y a des secteurs qui ne sont pas rentables et qu’il faut pourtant préserver: la santé, l’éducation, la culture. Les «raisons ­budgétaires», c’est du caca de taureau. La vraie raison est toujours idéologique.

Et l’idéologie derrière tout ça, c’est que la culture ne fait pas partie de la Culture, c’est-à-dire d’une société de consommation dont on ne célèbre que les Riches, les Vedettes, les Gagnants.

Pendant ce temps-là, l’émission phare de ARTV est une émission de télé qui critique les émissions de télé.

Hé misère.