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Sa femme et son fils n’ont eu aucune chance

Pascal Laflamme livre ses états d’âme à la suite de la tragédie en Équateur

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« Ma femme a résisté très longtemps. Elle criait qu’elle nous aimait ».

De retour au Québec, Pascal Laflamme et sa fille Laurie-Ann, les survivants de la famille québécoise décimée lors du tremblement de terre qui a dévasté l’Équateur il y a une semaine, ont le cœur meurtri. M. Laflamme se livre pour la première fois depuis le drame.

Avant
Photo courtoisie
Avant

Les larmes aux yeux, lui et sa fille Laurie-Ann ont dû laisser derrière eux l’autre moitié de la famille. Sa femme Jennifer Mawn, son fils de 12 ans Arthur et leur chien Zara sont décédés durant le terrible séisme.

Ils vivaient au deuxième et au troisième étage d’un bâtiment qui s’est complètement aplati.

Après<br />
​La maison qu’habitait la famille Laflamme s’est effondrée comme un château de sable, s’effritant complètement, tuant ainsi Jennifer et Arthur.
Photo courtoisie
Après
​La maison qu’habitait la famille Laflamme s’est effondrée comme un château de sable, s’effritant complètement, tuant ainsi Jennifer et Arthur.

«Ma femme n’est pas décédée sur le coup. Elle était prisonnière. Il y avait quelque chose qui l’empêchait de respirer», explique Pascal Laflamme, en pleurs.

Miracle

Sa fille a des blessures aux jambes, mais elle devrait pouvoir marcher normalement la semaine prochaine. Quant à lui, il est gravement coupé à la main et a toujours des courbatures.

«La raison pour laquelle Laurie-Ann n’a pas été écrasée, c’est parce que c’est mon fils qui a pris la poutre. Si mon fils n’avait pas été là, ma fille serait morte. Je sais que mon fils n’a pas souffert», confie Pascal, en sanglots, brisé par l’émotion. «Je vais vous avouer que j’aurais préféré être à sa place...»

La douleur est immense lorsqu’il pense à la femme de sa vie. «Elle souffrait. Mais, je pense qu’au moment où elle a su que ma fille et moi étions corrects, elle a décidé d’aller rejoindre son fils», décrit Pascal.

Les images de la résidence qui s’est écroulée tel un château de cartes témoignent de la violence du tremblement de terre, mais aussi du miracle qu’ils soient, sa fille et lui, toujours en vie. «Elle s’est effondrée en quelques secondes, comme un château de sable», affirme-t-il.

Pris au piège, Pascal a été secouru par un ami de longues minutes après l’effondrement. «J’ai vu le plafond s’écrouler. Laurie-Ann a patienté près de son frère durant une heure. Je me suis mis en dessous d’un cadre de porte en pensant que c’était sécuritaire. J’ai tout vu casser. Je suis tombé à la renverse. C’est difficile de savoir si j’ai été conscient tout au long du séisme», relate-t-il.

Lorsqu’il s’est réveillé et qu’il a ouvert les yeux, le père de famille était prisonnier des décombres. «J’étais littéralement dans une tombe, illustre l’homme. C’était le plafond qui était à quelques pouces de ma tête».

Deuil

Séparé de sa famille, il a été transporté à l’hôpital de Bahia. Sa fille est rapidement venue le rejoindre, lui annonçant le décès de Jennifer et Arthur.

«Lorsque je suis allé identifier les corps, leurs visages étaient beaux. J’ai été capable de les embrasser, de les prendre dans mes bras, de leur dire que je les aime», a mentionné le père de famille totalement déchiré par la tristesse. «Nos cœurs sont meurtris et nécessiteront repos et réadaptation, et médication dans mon cas.»

La première nuit, ils ont refusé de dormir à l’intérieur, les répliques du séisme ne faisaient qu’augmenter leur nervosité.

Ils ont décidé de ne pas quitter le pays immédiatement, alors entourés d’amis pour les accompagner. «À Ottawa et à l’ambassade du Canada en Équateur, on a fait un boulot exceptionnel», précise-t-il.

 

Une vie de rêve pour une famille de globe-trotteurs

 

«Nous ne laisserons pas cet événement détruire nos rêves. Jennifer et Arthur ne le permettraient jamais.»

Depuis leur rencontre il y a 16 ans à Montréal, Pascal et Jennifer voyageaient, et ce, principalement pour le travail. Ils avaient décidé de vivre leur vie de rêve à fond. Ils voulaient permettre à leurs enfants d’être des citoyens du monde, polyglottes.

Après des passages à l’île de la Réunion et à l’île Maurice, le couple et les enfants avaient décidé de s’établir en Équateur pour construire la maison de leurs rêves, sur le bord de la mer. Partout, ils se sont faits des amis fidèles et formidables. «On n’a pas vécu une vie à reculons», admet le survivant, en convalescence chez son père à Saint-Hyacinthe.

Fragile

Homme d’affaires et passionné de golf, il travaille pour un grand projet immobilier, Las Olas Ecuator. Ce projet, il va vivre. «On va retourner en Équateur, assure-t-il. On a traversé des moments difficiles et on va traverser celui-là aussi, ma fille et moi.»

Maintenant, il souhaite que ses amis réalisent à quel point la vie est fragile et qu’ils doivent vivre leurs rêves dès aujourd’hui.

«Ne remettez rien à demain. Tout ce que vous êtes capable de faire aujourd’hui, faites-le, parce qu’on ne sait jamais. Dites à vos enfants que vous les aimez, tous les jours, serrez-les dans vos bras et profitez de chaque moment», a-t-il signifié.

 

Convaincu que la maison était mal construite

 

Les Laflamme ont loué sans le savoir une maison qui avait déjà été condamnée à la suite du tremblement de terre de 1998 en Équateur et elle n’aurait pas été solidifiée par le nouveau propriétaire lorsqu’il a construit un étage supplémentaire.

Très peu de bâtiments sont tombés le jour du séisme de 7,8 sur l’échelle de Richter. La maison louée par les Laflamme était la plus belle et la plus récente, mais elle n’a pas résisté. Après le drame, Pascal a su qu’il y avait un vice caché dans la maison louée temporairement pendant la construction de leur résidence.

« Propriétaire au courant »

La fondation avait été endommagée en 1998 et elle avait été condamnée.

Elle avait ensuite été rachetée par une femme architecte qui l’a rénovée, puis a refait les planchers pour supporter deux étages.

La maison a ensuite été abandonnée durant 17 ans, jusqu’à ce qu’un Américain rachète le bâtiment et y construise un troisiè­me étage sans renforcer la structure.

«Les gens nous ont confirmé que le sable qui avait été utilisé, c’était du sable de mer... avec du sel, ce qui est déconseillé pour les constructions, et ce qu’on a su, c’est que le propriétaire était au courant», indique Pascal, espérant que la justice s’en mêlera.

 

Des biens volés

Les débris de la maison ont été pillés à la suite du séisme, durant la première nuit. Les voleurs ont rapporté les sacs à main et les portefeuilles avec toutes les cartes, mais sans l’argent. L’ordinateur portable de Jennifer manque aussi à l’appel. Pascal Laflam­me espère le retrouver, car elle lui avait laissé un message si elle devait mourir avant lui.

«Je ne l’ai jamais lu et j’aimerais ça pouvoir le lire», a dit Pascal, en larmes. «S’ils sont capables de me rapporter l’ordinateur avec le dessus vert, je vais donner plus d’argent que sa valeur.»

 

Un chien miraculé

Photo courtoisie

«On avait notre chienne Zara depuis neuf ans. Elle est morte dans le tremblement de ter­re», raconte Pascal. Récemment, ils avaient adopté une autre chien­ne, Lili. Elle venait de la rue.

«Elle a été capable de s’enfuir. On ne sait pas comment elle a fait pour sortir lorsque le bâtiment s’est écroulé», explique-t-il.

Elle est revenue sur les lieux tous les jours, mais elle avait peur et personne ne réussissait à l’attraper. À un certain moment, des amis de Pascal ont réussi à la calmer et à la prendre. «Vous auriez dû voir la réaction de ma fille lorsqu’ils nous l’ont apportée à la maison! raconte-t-il en pleurant. À ce moment-là, on aurait dit que ça l’a aidée à se sentir plus sereine avec les événements.»