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Diluant culturel

Diluant culturel
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

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J’ai failli tomber en bas de ma chaise il y a quelques jours en voyant une lettre envoyée aux parents de l’école Louis-Collin, dans Ahuntsic, organisant une journée thématique «English t-shirt day», le 20 avril dernier, où élèves et membres du personnel de l’école primaire devaient porter un chandail où figuraient des mots en anglais, ou, s’ils n’en avaient pas, d’écrire au «duc tape» ou au feutre des mots en anglais sur un chandail blanc. De plus, tous étaient invités à parler, le 20 avril dernier, anglais dans la cour de récréation et les couloirs de l’école afin de «mettre en pratique leurs apprentissages en anglais».  Allô, équipe-école! Quelle est la langue commune des enfants? Dans quelle langue font-ils leurs apprentissages? En français, non? Du moins, officiellement! Puisque des dizaines de langues sont probablement parlées à la récréation, organiserez-vous aussi une journée où tout le monde parlera français, ou, si ça, ce n’est pas important? 

Allô? Je ne sais pas pour vous, mais disons que la langue qu’on ne voit jamais sur des vêtements, c’est justement le français! Dans une province francophone, voyez-vous souvent des vêtements où du texte figure en français? J’ai trouvé des draps cette semaine où étaient écrites des phrases de poème en français, j’ai trouvé ça tellement exotique que je les ai achetés! Est-ce que l’école Louis-Collin a prévu une journée où les enfants devront porter des vêtements imprimés de mots de leur langue commune? Je pense que c’est surtout dans ce cas que les parents devront écrire en français au feutre, puisqu’il ne semble pas relativement facile de se procurer des vêtements où prédomine le français... 

D’ailleurs, comment blâmer seulement l’équipe de cette école alors que même Denis Coderre ne semble pas préoccupé par le fait que le français doit prédominer sur les bannières de l’organisation du 375e anniversaire de Montréal? La photo a abondamment circulé sur les réseaux sociaux: «Montréal gets moving» au moins, ils ont conservé le É! Probablement un immense effort. 

Plusieurs l’ont dénoncé, et non, pas seulement des méchants péquistes ou des obnubilés séparatistes, c’est le cas par exemple de mon amie et collègue Lise Ravary, qui n’est pas reconnue pour être souverainiste! 

Protéger le français au Québec, ainsi qu’à Montréal, qui n’est pas, faut-il le rappeler, un État souverain, devrait être un dossier apolitique: il devrait concerner autant Pierre Karl Péladeau que Denis Coderre, et ce, même s’ils ne partagent pas les mêmes visions d’avenir pour le statut politique du Québec. L’avenir du fait français en Amérique du Nord est une immense responsabilité, et ce sont les acteurs politiques ou publics du Québec qui en portent une bonne partie de la responsabilité. N’en déplaise à Gilbert Rozon qui semble penser que le français et l’anglais au Québec sont sur le même pied d’égalité. 

Faut-il leur rappeler que Montréal est une ville francophone, du moins, officiellement? Ne serait-il pas plus profitable de miser sur cette caractéristique et cette différence pour promouvoir ce fait? Les touristes ne recherchent pas la même expérience qu’ils auront à Chicago ou à Denver, mais justement, cette distinction qui fait de Montréal ce qu’elle est: sa particularité linguistique. 

Est-ce que Montréal est officieusement unilingue francophone? Évidemment pas, mais sa langue officielle et sa différence culturelle c’est justement ce fait français que Denis Coderre et Gilbert Rozon tentent visiblement d’occulter, de diluer, comme s’il leur semblait être un obstacle, un boulet, une lourdeur administrative, alors qu’il est de toute évidence un atout distinguant Montréal de toutes les autres grandes villes de l’Amérique du Nord. 

Miser sur notre différence semble être trop lourd de sens. Faire de Montréal une ville sans originalité, par contre, semble être un excellent projet d’avenir.